SUR LES PAS DE J. PETTERSON

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  • Bayreuth African Studies Working Papers(June 2012)

    No. 8

    Crispin Maalu-Bungi

    SUR LES PAS DE J. PETTERSON

    A. Lemba, romancier congolais

  • Crispin Maalu-Bungi

    SUR LES PAS DE J. PETTERSON : A. LEMBA, ROMANCIER

    CONGOLAIS

    Bayreuth African Studies Working Papers

    Vol. 8

    2012

    Date of release: June 2012

  • SUR LES PAS DE J. PETTERSON : A. LEMBA, ROMANCIER CONGOLAIS II

    Bayreuth African Studies Working Papers The Bayreuth African Studies Working Papers report on ongoing projects, the results of current research, and matters related to the focus on African Studies at the University of Bayreuth. There are no specific requirements as to the language of publication and the length of the articles. Contributions to this series may be submitted directly to the editors; they can also be submitted via university lecturers and professors or via the Institute of African Studies. Acceptance is decided by the editors. The Bayreuth African Studies Working Papers is chronicled on the OPUS document server at the university library: http://opus.ub.uni-bayreuth.de/schriftenreihen.php?la=de An electronic version of each of volume is available on the IAS website: http://www.ias.uni-bayreuth.de/de/publications/bt_african_studies_working_papers/index.html Institute of African Studies Executive Director: Ute Fendler Chief editor: Manfred von Roncador (manfred.vonroncador@uni-bayreuth.de) Academic advisory council: Kurt Beck Ute Fendler Detlef Mller-Mahn Address: Universitt Bayreuth Institute of African Studies 95440 Bayreuth GERMANY Telephone: +49 (0)921 555161 Fax: +49 (0)921 555102 IAS@uni-bayreuth.de

    http://opus.ub.uni-bayreuth.de/schriftenreihen.php?la=dehttp://www.ias.uni-bayreuth.de/de/publications/bt_african_studies_working_papers/index.htmlhttp://www.ias.uni-bayreuth.de/de/publications/bt_african_studies_working_papers/index.htmlmailto:manfred.vonroncador@uni-bayreuth.demailto:IAS@uni-bayreuth.de

  • SUR LES PAS DE J. PETTERSON : A. LEMBA, ROMANCIER CONGOLAIS III

    Abstract

    Quoique chronologiquement antrieure la littrature congolaise de langue franaise, la littrature crite en langues congolaises, au sens anglais de creative writing ou franais de littrature dimagination, est aujourdhui peu dveloppe et partant peu connue. Augustin Lemba, de son vrai nom Auguste De Haes, est ce prtre belge mule du missionnaire sudois John Petterson qui, en 1935, crivit Nsamu a Mpanzu (La vie de Mpanzu), premire uvre narrative dimagination et premier roman de langue congolaise, en loccurrence le kikongo. Arriv au Congo belge en 1956 lge de 26 ans, il exerce son ministre dans diverses paroisses de Kinshasa et choisit, comme nom dcriture, celui de Lemba (St) Augustin, paroisse o il est cur quand, en 1967, il crit Mokili ngonga e (A chacun son tour), son premier roman. Celui-ci est suivi de deux autres : Nabalaki basi mibale (Mes deux pouses) et Bombula (nom de lhroine). Le but de cet article est de faire connaitre A. Lemba et son uvre, lui dont lhistoire rappelle celle du portugais Afonso Alvarez voque nagure par lauteur allemand du Manuel de littrature no-africaine. Aujourdhui en tte des romanciers de cette langue de la capitale congolaise, cet auteur est peu connu sous sa vritable identit et ce sujet, mon propre exemple est instructif. En effet, alors que jenseignais ses uvres mes tudiants depuis les annes 70, je ne lai dcouvert quen 2004, grce au mmoire que je dirigeais sur lun de ses romans. English Although it is anterior to Congolese literature in French, the creative writing in Congolese languages is less developed today and, therefore, less known. Augustin Lemba, whose real name is Auguste De Haes, is a Belgium priest who following the Swedish missionarys - John Petterson - footsteps, who in 1935 wrote Nsamu a Mpanzu (The life of Mpanzu), first narrative creative work and first novel in a Congolese language, namely Kikongo. In 1956 at the age of 26, he exercised his ministry in various parishes in Kinshasa, and chose Lemba (St) Augustin as pen name, the parish where he was the parish priest when he wrote Mokili ngonga e (Every one has his turn), his first novel. This one was followed by two others : Nabalaki basi mibale (My two spouses) and Bombula, the heroines name. The purpose of this paper is to introduce A. Lemba and his work whose history is reminiscence of that of the Portuguese Afonso Alvarez cited by the German author of Manuel de littrature no-africaine. Nowadays mentioned in priority among the novelists of the language of the Congolese

  • SUR LES PAS DE J. PETTERSON : A. LEMBA, ROMANCIER CONGOLAIS IV

    capital city, this author is less known under his real identity and, therefore, my own example is instructive. In fact, even although I been teaching his works to my students since the 1970s, I did not discover his identity until 2004 thanks to a dissertation I supervised on one of his novels.

  • SUR LES PAS DE J. PETTERSON : A. LEMBA, ROMANCIER CONGOLAIS V

    Sur lauteur

    Crispin Maalu-Bungi est professeur la Facult des Lettres et Sciences Humaines de lUniversit de Kinshasa, RD Congo. Auteur de plusieurs ouvrages et articles scientifiques, il enseigne la littrature africaine orale et crite dans cette universit et dans dautres institutions denseignement suprieur de son pays.

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  • SUR LES PAS DE J. PETTERSON : A. LEMBA, ROMANCIER CONGOLAIS VII

  • SURLESPASDEJ.PETTERSON:A.LEMBA,ROMANCIERCONGOLAIS

    ParCrispinMaaluBungi

    Ilest loinderrirenous, ledbatsur lescritresqui,en littratureafricainemoderne,fondentlalittraritetlafricanit.Cestjecrois,lAllemandJ.Jahnqui,voilprsdundemisicle,mituntermeladiscussionsurlalangue,lacouleurdelapeauetlelieudersidencede lauteur comme critres de classification. Sagissant de la couleur de la peau ou plusexactementde lorigine racialede lauteur , ilmontra comment,nett laquerellequiopposa le moine franciscain Chiado au dramaturge et pote portugais Afonso Alvarez,personnenauraitsu,lalecturedesonuvre,quecederniertaitnoir,parsamre,uneAfricaine!Depuis lors donc, on admet gnralement que les donnes dterminantes en cettematire sont la mise en forme, autrement dit le traitement artistique de la langue etlenracinementdeluvredanslacultureafricaine,dansletufafricain(Tshitungu,171),quellequesoit lorigine racialede lauteur,quelleque soit la languedans laquelleceluicisexprime,quellesoitafricaineoueuropenne.Acederniersujetparexemple, ilnestpassansintrtderappelerquelapositionextrmistedeNgugiwaThiongo,leplusclbredescrivains estafricains, qui fait de lutilisation des langues africaines le critremajeur delappartenanceduneuvre la littrature africaine,na rien chang cette conception,aujourdhuipartageparbonnombredecritiques.Tenupourexcessifparceuxqui,aunomdu pragmatisme, dumtissage culturel devenu une ralit, de lamultiplicit des languesparlessur lecontinentetdubesoindecommunicationavecunpublicplus large,clamentleurprfrenceauxlangueseuropennes(1),lecredodelauteurdeShetaniMsalabani(2)aeucertainementlemritedesusciterdenouvellesvocationsetdeconforterceuxqui,bienlongtempsavant1977,anneolhommedeLettreskenyantournadfinitivementledos

    (1) Courant reprsent e. a. par le Nigerian Chinua Achebe qui sen explique en ces termes : Dailleurs que

    personne ne se trompe : nous utilisons langlais car nous avons lintention den faire un usage inhabituel () il y a des tas de langues que jaimerais apprendre si ctait possible. Mais o vais-je trouver le temps dapprendre la demi-douzaine environ de langues nigrianes qui peuvent servir de support une littrature ? Jai bien peur que cela ne soit possible. Ces langues se devront de se dvelopper comme affluents et aller grossir la langue centrale parle sur le plan national. Et aujourdhui, pour le meilleur ou pour le pire, cette langue centrale est langlais. Demain, il se peut que ce soit une autre, bien que, jen doute trs fort (Achebe, cit par Tidjani-Serpos, 13). En 1964, sur cette mme question, cet auteur annonait dj ses marques :Is it right that a man should abandon his mother tongue for someone elses ? It looks like a dreadful betrayal and produces a guilty feeling. But for me there is no other choice. I have been given the language and I intend to use it (Achebe, cit par Ngugi, 7).

    (2)Traduction swahili de Devil on the cross dont le titre gikuyu est Caitaani Mutharabaini, rendu en franais par Le diable sur la croix.

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    la languedeShakespeare,crivaientdjen ces langues (3).Sur ce revirementdailleurs,NgugiwaThiongOcrit:In1977,IpublishedPetalsoBloodandsaidfarewelltotheEnglishlanguage as vehicle ofmywriting of plays, novels and short stories. Allmy subsequentcreativewritinghasbeenwrittendirectly inGkyandKiswahili language ()However, Icontinuedwritingexplanatoryprose inEnglish().Thisbook,DecolonisingtheMind, ismyfarewelltoEnglishasavehicleofmywri ngs.FromnowonitisGkyandKiswahilialltheway(Ngugi,XIV).Cestdoncendfinitivelerfrent,lepointdevue,lendroitdosontperusleslmentsvoqus,lelieuosesituelecentredeconsciencegnratricedeluvre(Dsalmand,21)quelonconsidregnralementcommecritreessentielenmmetempsque lusagenonordinairede la langue,cestdireson traitementartistique.Aproposdupremiercritreparexemple, J.B.TatiLoutard,universitaireetcrivainde larivedroiteduFleuveCongoquivientdequittercemonde,noteavecpertinence, touchant la littraturecubaine:lecaractrenationaldunelittrature,cestsurtoutlecontenudesconsciences,lesaspectsdepsychologie(),cestcelaquifaitquunelittratureappartientourefltelaviedetelou telautrepeuple.Ainsi,de cepointde vue, la littrature cubaineparexemple,bienquelle utilise la langue espagnole, garde son caractre national, et il est diffrent ducaractrenationalespagnolparcequechargducontenuhumainpropreaupeuplecubain(TatiLoutard, cit par Bemba, 72). Cest la raison pour laquelle lauteur de Muntu,considrant la couleur de la peau et le lieu de naissance comme des catgories extralittraires,rejetalesconceptsdelittraturenoireetlittraturengreetproposaceluide littrature noafricaine, son avis plus heureux (Jahn, 15). Cest sans doute aussipourquoi,enRDCongo,surlabasedecesdeuxcritresrfrentcultureletmiseenforme,les contesdunOlivierdeBouveignes (4), luvrepotique rcemmentdcouverteduneNeleMarian (5) et Llphant quimarche sur desufs (6) dont lauteur, T. Badibanga,considr jusquilyapeucommepseudonymeduncrivainbelge,onttoujoursfaitpartiede la littrature congolaisedexpression franaiseaumme titreque les recueilsdeP.M.Mushiete,deNgoSemzaraKabuta,deC.FakNzujiMadiyaetdetantdautres(7).

    (3)Ngugi wa Thiongo est lun de ceux qui, linstar dObi Wali, Cheik Anta Diop, J.P. Makouta-Mboukou et

    tant dautres, estiment que le fait dutiliser une langue demprunt pour exprimer sa propre culture aboutit () une vritable trahison (Chevrier, 208) et qu crire en langues trangres spare lme du corps (Ngugi, 4). Selon lui, en effet, les uvres produites par des Africains en langues europennes ressortissent non la littrature africaine , mais la littrature afro-europenne (Ngugi, 27, 33).

    (4)Olivier de Bouveignes, pseudonyme de Lon Gubels, haut magistrat colonial belge, est lauteur de plusieurs recueils de contes congolais dont Ce que content les Noirs, Paris, Lethielleux, 1935 ; Entendu dans la brousse. Contes congolais, Paris, Geuthner, 1938 et dautres parus dans Grands Lacs.

    (5)Tshitungu Nkongolo, A.,1992, Une lecture de Pomes et Chansons de Nele Marian, in Quaghebeur,M.,(sous la direction de), Papier blanc, encre noire. Cent ans de culture francophone en Afrique Centrale (Zaire, Rwanda et Burundi), Bruxelles, Labor, pp. 171-178.

    (6)Badibanga, 1931, Bruxelles, LEglantine.(7)Mushiete Mahamwe, P., 1968, Quand les nuages avaient soif. Contes, chants et proverbes de la savane,

    Kinshasa, Concordia; Kabuta, N. S., 2001, Contes vivants dAfrique, Paris, Les Deux Ocans ; Fak-Nzuji, M.,1978, Lenga et autres contes, Kinshasa, Saint-Paul.

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    Demaniregnrale, leshistoriensde la littraturecriteen languescongolaises,ausensanglosaxondecreativewritingoufranaisdelittraturedimagination,situentsesorigineslafindu19mesiclepourlekikongolouestdupaysetaudbutdu20mepourlecilubaucentre, lespremierscritsdugenreenswahilieten lingaladatant respectivementdesannes 40 et 60.Dans le cas des deux premires langues plus prcisment, elle doit sanaissanceetsondveloppementlactiondesmissionnairesprotestantsetcatholiquesqui,en plus de la cration dinstitutions denseignement et de lorganisation des concourslittraires, fondrentdespriodiquesquiservirentdeprincipauxorganesdexpressiondespremierscrivainsdeces langues.Cependant,si leschosessemblentclairespour lecilubdont lespremierspomesfurentpublisen1914,dans lepremiernumrodeNkuruse 8, ilnenestpasdemmedelalanguekongo,auregarddestextesconsidrsjusquicicommepionniers!Eneffet,quandonexamineattentivementNswesweAnsusuAmpembeyeNganaZankaka (La jeune poule blanche et autres contes) de T. Vingadio et C. L.Mabie9 qui atoujours t considr comme la premire uvre vraiment littrairepublie par unCongolais(Mbelolo,134),onestbienendroitdesinterrogersurlestatutreldesconteset des pomes contenus dans ce livre dont le succs fut tel quil a t plusieurs foisrdit10.Commenons par les contes pour noter que si, comme laffirme Mbelolo yaMpiku, KimpeseetMukimbungu,deuxcentresprotestantsquijourentunrledterminantdansla naissance et le dveloppement de la littrature kongo, le souci des conteurs tait detoucher le public par les rcits qui lui taient familiers et que chaque conte taitobjectivement transcrit telquonpouvait lentendreenmilieuvillageois (Mbelolo,129), ilest clair que le statut des contes de ce livre ne peut tre que celui des textes orauxtranscrits,selonlaterminologieenvigueur,cestdirenotsoutraduitsenlettres(Giard, 14) qui, par dfinition, relvent de la littrature orale. Il ne sagit donc pas decontes dauteur ou contes littrariss qui, sans tre des contes oraux crits,notsoutranscritspourtrefixsetconservs, sontdes contesrcrits,autrement dit rendus littraires la faveur du processus de littrarisation dfinicommeladaptation littrairedunconteoral(Giard,15)qui induitsonintgrationaudomainedes Lettresoudaccsau statutde chose littraire(Giard,14).Ce statutdecontes oraux transcrits est du reste confirm par la longueur de bon nombre de ces

    textesquinedpassegureunepage!Ce qui est dit des contes vaut aussi pour les pomes de ce livre, tel Nkungawamwana nsona, une berceuse prsente comme un pome gnralement chant, trsconnu en milieu bakongo et dont toutes les syllabes ont t notes par Vingadio etMabie(Mbelolo,134).Nousvoildonc,encoreunefois,nondevantdestextes rcrits,

    8PriodiquedinformationsgnralesfondLuluabourgStJoseph/Mikalayi,premierpostemissionnairefondauKasaile7dcembre1891parlePreE.Cambier.9Kimpese,Keti,1929.10Bolenge,Ddcc,1932;Kinshasa,Cedi,1950,1958,1968,1970,1989.

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    maisdevantdestextesnots,devantdustyleoralmisparcritouscriptionnpourutiliserdesexpressionschresM.Jousse.Parconsquent, lescontescomme lespomescontenusdansNswesweAnsusuAmpemberelventnonde la littraturecrite,ausensoce terme a t dfini ici, mais de la littrature traditionnelle, ainsi que P. Zumthor lanagure prcis: La fixati...