Reconnaissance de l’émotion faciale et schizophrénie

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  • Lvolution psychiatrique 74 (2009) 123135

    Disponible en ligne sur www.sciencedirect.com

    Visages

    Reconnaissance de lmotion faciale et schizophrnie

    Facial emotion recognition in schizophreniaValrian Chambon a,, Jean-Yves Baudouin a,b

    a Doctorant, UMR 5229 CNRS, centre de neuroscience cognitive, institut des sciences cognitives,67, boulevard Pinel, 69675 Bron cedex, France

    b Matre de Confrence, dpartement de psychologie, universit de Bourgogne, ple AAFE,esplanade Erasme, BP 26513, 21065 Dijon cedex, France

    Recu le 1er aout 2008 ; accept le 18 decembre 2008Disponible sur Internet le 4 fevrier 2009

    Rsum

    La schizophrnie se caractrise par une large gamme de dficits dans les comptences interpersonnelles.Une manire daborder ces dficits consiste naturellement explorer la capacit des patients schizophrnes traiter des stimuli dont limportance psychosociale est avre : les visages, par exemple. Il est aujourdhuiadmis que les patients schizophrnes souffrent de difficults importantes en matire de reconnaissance et dediscrimination faciales. Ces difficults ont t mises en vidence dans des paradigmes varis, incluant destests de reconnaissance didentit, dmotion ou dge. Ltendue de ces troubles suggre laltration dunmcanisme de traitement commun tous les types dinformation faciale. ce titre, le processus dextractiondes informations configurales a t considr comme un candidat privilgi. Nanmoins, peu dtudes ontdirectement test cette hypothse. Aprs avoir procd une revue de la littrature, nous prsenterons unesrie dtudes destines valuer limplication probable des informations de configuration dans le traitementdysfonctionnel de lmotion faciale chez le patient schizophrne. 2008 Elsevier Masson SAS. Tous droits rservs.

    Abstract

    A broad range of deficits in interpersonal skills characterizes schizophrenia. A natural way to tackle thesedeficits is to explore the ability of schizophrenic patients to process stimuli that have a well-establishedpsychosocial content: faces, for instance. Schizophrenia deficits in facial recognition and discriminationhave been studied extensively and most investigators have pointed out that patients with schizophrenia

    Toute rfrence cet article doit porter mention : Chambon V, Baudouin JY. Reconnaissance de lmotion faciale etschizophrnie. Evol psychiatr 2009; 74.

    Auteur correspondant.Adresses e-mail : chambon@isc.cnrs.fr, valerian.chambon@isc.cnrs.fr (V. Chambon).

    0014-3855/$ see front matter 2008 Elsevier Masson SAS. Tous droits rservs.doi:10.1016/j.evopsy.2008.12.014

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    perform less well than non-patients and psychiatric controls in numerous facial paradigms, including facialidentity, emotion and age recognition tests. The extent of the schizophrenic deficit suggests the alteration ofa processing mechanism common to all kinds of facial information and the configural information extractionprocess has then been regarded as a probable candidate. Nevertheless, only a few studies directly tested thehypothesis. In what follows, we draw a general schema of the schizophrenia deficit in facial processing,next we present a series of studies investigating the putative implication of configural information in theabnormal processing of facial emotion in the disease. 2008 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

    Mots cls : Visage ; Identit ; motion ; Schizophrnie ; Informations configuralesKeywords: Face; Identity; Emotion; Schizophrenia; Configural information

    1. Introduction

    Les visages constituent une catgorie de stimuli bien particulire. la fois marqueur delidentit personnelle et du statut social de lindividu (le sexe, lorigine ethnique ou lge, parexemple), le visage reprsente galement un moyen de communication dont le contenu, biensouvent, excde ce que les mots seuls ne peuvent transmettre. De fait, il est depuis longtempsadmis que la reconnaissance et linterprtation des informations faciales jouent un rle majeurdans la rgulation de nos comportements sociaux. En tmoignent, invariablement, les difficultsdadaptation sociale que rencontrent les patients souffrant dun trouble, slectif ou diffus, dutraitement de linformation faciale : cest le cas de la prosopagnosie [1], des troubles du spectreautistique [2], mais galement de la schizophrnie [3].

    Il est aujourdhui admis que les patients schizophrnes souffrent de difficults importantes enmatire de reconnaissance et de discrimination faciales. Ces difficults ont t mises en videncedans des paradigmes varis, incluant des tests de reconnaissance didentit, dmotion ou dge[48]. Si ces troubles semblent affecter particulirement la catgorie des visages, leur nature etleur tendue font encore toutefois lobjet de vives controverses :

    ces difficults sont-elles gnralisables lensemble des informations faciales ou sont-ellesplus prononces pour un type dinformation en particulier (lexpression faciale, par exemple) ?Naturellement, la mise en vidence dun trouble diffrentiel est susceptible davoir des rper-cussions qui dpassent le seul champ dinvestigation de la schizophrnie. On touche ici laquestion de la modularit de lesprit [9] : que des dficits puissent affecter, dans la schizophrnieou ailleurs, le traitement dune catgorie spcifique ou dun type dinformation particulier sug-gre lexistence de mcanismes crbraux (ou modules ) spcifiquement ddis au traitementde cette catgorie ;

    la deuxime interrogation est directement lie la premire. La schizophrnie est une pathologiepsychiatrique caractrise par un large ventail de dficits cognitifs ; il nest donc pas exclu queles troubles que prsentent les patients schizophrnes en matire de traitement facial rsultent,en amont, de laltration dune aptitude plus gnrale, affectant les registres du langage, de lammoire, de la perception ou de lattention par exemple ;

    enfin, la schizophrnie est une affection trop htrogne pour tre apprhende dun seul blocet, de fait, il est peu probable quun seul mcanisme explique toutes ses manifestations. Il estdonc indispensable daborder la question dimension par dimension, en examinant plus avant

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    les liens que ce dficit pour le traitement des visages entretient avec les diffrents symptmesde la maladie.

    Nous verrons au final que lorientation actuelle des recherches invite considrer le dficitsous la perspective de mcanismes gnraux, susceptibles de mobiliser des processus communs toutes les informations faciales dune part (identit, motion, ge), et dont le champ dapplicationdborde la seule catgorie des visages dautre part. Plusieurs hypothses, souvent complmen-taires, concourent aujourdhui claircir la nature de ces processus. Parmi elles, lhypothsedun traitement anormal des informations dites configurales figure au premier plan et nousprsenterons en seconde partie une srie dtudes destines valuer limplication probable deces informations dans le traitement, normal ou dysfonctionnel, des visages.

    2. Un dcit de traitement gnralis toute linformation faciale ?

    Un dbat dans la littrature a longtemps partag les chercheurs : sil est admis que les patientsschizophrnes ont des difficults avec le traitement du matriel facial, ces difficults affectent-ellestoutes les informations vhicules par le visage ? Cette perturbation semble au moins spcifiquede la catgorie des visages puisquon ne la retrouve pas pour le traitement de stimuli non faciaux,mme complexes. Dans une exprience qui manipule des visages dgrads non reconnais-sables et non-dgrads reconnaissables , Williams et al. [10] ont en effet montr de manireconvaincante que les performances des patients schizophrnes en reconnaissance ne diffraientdes sujets tmoins que pour les visages non-dgrads, cest--dire nettement identifiables commedes visages et traits comme tels.

    Cette perturbation, spcifique de la catgorie visage , pourrait tre occasionne par uneincapacit traiter, puis intgrer les traits caractristiques qui vhiculent une significationsociale ou qui impliquent une valuation affective [11]. De fait, on peut raisonnablement supposerque ce dficit devrait tre encore plus marqu pour lmotion faciale, puisque linformationvhicule possde en ce cas une signification double, affective et sociale. De fait, la positionqui la dabord emport a t celle de la spcicit : les patients schizophrnes prsenteraient undficit caractristique pour le traitement des motions faciales.

    2.1. Lhypothse dun dcit spcique au traitement de lmotion faciale

    En soi, cette hypothse na rien de surprenant. La perturbation de laffect est un des traitscardinaux de la schizophrnie [12] et des problmes avec le traitement de lexpression facialemotionnelle ont t souligns ds les premires descriptions de la maladie [13]. Plus rcem-ment, de nombreuses tudes ont relev des contradictions entre lexpression corporelle etlexprience motionnelle subjective des patients schizophrnes. Lorsquon leur prsente surun cran des scnes motionnellement connotes, les patients schizophrnes affichent en effetune expressivit faciale rduite alors quils rapportent une exprience subjective de la scnemotionnelle similaire celle des sujets tmoins [14,15]. Lactivit faciale spontane et volon-taire des patients schizophrnes (imitation et simulation de six motions basiques) est galementmoins importante que celle de sujets dpressifs et certains auteurs considrent cette rductionde lexpressivit comme un facteur de trait de la schizophrnie [16]. En 1999, Yecker et al.ont concu une exprience qui rplique en partie ces observations [17] : la tche consistait imiter lexpression dun visage prsent sur un cran ou produire une expression faciale nom-me voix haute par lexprimentateur. Dans les deux conditions, les patients schizophrnes

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    tendaient produire des motions moins intenses que les sujets tmoins et que les sujets dpres-sifs.

    Cette rduction de lexpressivit faciale est un signe de pauvret affective, lune des caract-ristiques majeures des symptmes ngatifs de la schizophrnie. Or, Shaw et al. ont montr que laproduction daffects inappropris, telle quelle est prcisment mesure par lchelle dvaluationdes symptmes ngatifs (SANS) ([18]), tait corrle avec les performances des patients enreconnaissance de lexpression faciale [19]. La plupart des tudes conduites avec du matrielmotionnel facial indiquent en gnral que les patients sont moins prcis que les sujets tmoinslorsquil sagit didentifier ou discriminer des motions faciales [3,2025]. Ces observations sontgalement vrifies lorsque lon compare les performances des patients schizophrnes celles detmoins psychiatriques, apparis en ge et niveau dducation. Walker et al. [3], par exemple, ontpropos des schizophrnes et des patients souffrant de troubles affectifs une batterie de tests,comprenant :

    deux tches de discrimination faciale et motionnelle ; une tche de dnomination motionnelle (emotion labelling) ; et une tche motionnelle choix multiples.

    Cette batterie de tests, rpute pour son efficacit distinguer les patients atteints de lsionsde lhmisphre gauche des patients atteints de lsions de lhmisphre droit, offrait aux auteursloccasion de tester lhypothse, chez les patients schizophrnes, dun dysfonctionnement marqude lhmisphre gauche dysfonctionnement qui pourrait rendre compte de la spcificit du dficitobserv pour le traitement de lmotion faciale. Les rsultats obtenus sont assez loquents : tandisque les patients schizophrnes prsentent, relativement aux sujets tmoins non psychiatriques, unpattern de performances globalement dgrades, leurs rsultats sont significativement infrieurs ceux des patients souffrant de troubles affectifs pour la tche de dnomination motionnelle.Au total, si les patients schizophrnes se montrent capables de dchiffrer correctement lidentitdun visage, leurs performances semblent indiquer nanmoins un dficit marqu pour lextractiondes traits motionnels saillants.

    Cette tude, qui corrobore lhypothse dun dficit rigoureusement spcifique la perceptionmotionnelle faciale, rplique des rsultats dj valids par des groupes de recherche antrieurs[26,27]). Mais parmi ces tudes, lexprience de Walker et al. [3] est la seule coupler tches dejugement motionnel et tches de jugement non motionnel, cest--dire se doter dune tchecontrle. Ce point est dune importance particulire car la plupart des tudes utilisant un plandiffrentiel similaire rapportent, chez les patients, des difficults associes dans les tches nonmotionnelles.

    2.2. La notion de dcit spcique rediscute

    Si les patients schizophrnes prouvent des difficults avec le traitement des expressionsfaciales motionnelles, ces difficults peuvent galement stendre dautres aspects du visage,incluant la reconnaissance, la familiarit ou encore lge [4,6,2832]. La mise en vidence de cesdficits associs plaide naturellement en faveur dun problme gnralis toutes les informa-tions faciales ; ce problme merge, nous lavons vu, lorsque les performances des participantsaux tches de reconnaissance motionnelle sont contrastes avec les performances obtenueslors de tests de perception faciale non motionnelle. De fait, on est en droit de se demandersi lapparente spcificit du dficit pour le traitement des motions faciales nest pas seulement

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    le produit dune insuffisance mthodologique. titre dexemple, Novic et al. [31] nobserventaucune diffrence entre les patients schizophrnes et les sujets tmoins lors dune tche de recon-naissance des motions faciales lorsquils contrlent les performances des participants un testde perception de visages non-motionnels (e.g. le test de Benton). Feinberg et al. retrouvent desperformances sensiblement identiques chez un groupe de patients schizophrnes, associ ungroupe de sujets tmoins et de patients dpressifs, auxquels ils ont prsent 21 photographiesde visages exprimant des motions fondamentales [4]. Les deux premires tches consistaient reconnatre lidentit dun visage indpendamment de lmotion exprime ; deux tches dereconnaissance et de dnomination motionnelles taient ensuite proposes. Les performancesdes patients dpressifs diffraient de celles des tmoins seulement dans la tche de dnominationmotionnelle, tandis que les patients schizophrnes montraient, relativement aux tmoins sains,des rsultats dficitaires dans les quatre tches et obtenaient des rsultats plus mauvais que lespatients dpressifs dans toutes les tches motionnelles.

    Ces rsultats ont t galement confirms avec des visages, non plus statiques, mais enmouvement, chez des populations schizophrne et dpressive galement [33]. Trois tches taientprsentes : une tche de reconnaissance dexpressions faciales, une tche didentification devisages clbres et une tche de reconnaissance de visages non familiers. Les performancesgnrales des patients se sont rvles significativement plus faibles que celles des patientsdpressifs et des sujets tmoins. On notera que, si les scores les plus bas obtenus par lesschizophrnes lont t dans les tches de reconnaissance motionnelle, les auteurs ont observun lien entre ce dficit et la capacit des patients analyser larrangement des mouvementsinternes du visage. Le dficit plus marqu des patients schizophrnes traiter les motionsfaciales pourrait tre accentu par les difficults quils prouvent traiter les mouvements destraits faciaux internes et, par consquent, gnrer des descriptions structurales de qualitsuffisante pour reconnatre lmotion ou lidentit dun visage.

    Ces observations, enfin, ont t rpliques avec des schizophrnes mdicaments [32]et non mdicaments [7] dans une exprience impliquant trois tches distinctes : une tchedidentification dmotions faciales, une deuxime de discrimination dmotions faciales et unetroisime de reconnaissance faciale. Les performances gnrales des patients schizophrnes,traits et non traits, se sont avres plus mauvaises dans les trois tches, motionnelles et non mo-tionnelles, relativement au groupe tmoin. Addington et Addington [28] ont retrouv des rsultats peu prs similaires avec un groupe de schizophrnes et un groupe de patients souffrant de troublesbipolaires : les schizophrnes obtiennent galement de moins bons rsultats dans les tches dereconnaissances motionnelle et non-motionnelle. Les auteurs ont montr, en outre, que ces dfi-cits taient associs des dficits plus gnraux en attention visuelle, sur lesquels nous reviendrons.

    Lhypothse dun dficit gnralis au traitement de toutes les informations faciales mritecependant quelques nuances. Le caractre gnralis (vs. spcifique) du dficit pourrait dpendrede la phase de la maladie : Gaebel et Wlwer [16] observent en effet un dficit spcifique dutraitement des motions chez les patients schizophrnes en phase aigu et un dficit plus gnralisdurant les priodes de rmission. Penn et al. [34], en utilisant le test de reconnaissance desmotions faciales dvelopp par Kerr et Neale [7], rapportent des variations de performancesimilaires selon le stade de la maladie, avec lobservation dun dficit spcifique pour la perceptiondes motions chez les patients schizophrnes en phase aigu et un dficit tendu toutes lesinformations faciales chez les patients en phase de rmission. Enfin, Schneider et al. [35] observentgalement la prsence dun dficit gnralis chez des patients dont ltat est stabilis, rsultat quiconfirme en partie lexistence dun lien troit entre ltendue du dficit observ et le stade de lamaladie.

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    3. Un processus de traitement commun toutes les informations faciales ?

    Au total, on notera que lutilisation dun plan diffrentiel, qui propose des tches de juge-ment motionnel et non-motionnel, permet doprer des distinctions plus fines dans la gammede dficits observe chez le patient schizophrne. Dune part, cette altration spcifique au trai-tement du matriel motionnel, quoique marque (en particulier durant les phases aigus de lamaladie), parat dpendre dun dficit plus large pour le traitement des informations facialesen gnral. Dautre part, quelques rares exceptions prs, on notera que la plupart des tudesrcentes sefforcent de mettre en vidence les liens quentretient ce dficit pour le traitement delinformation faciale en gnral et pour lexpression faciale en particulier avec des perturbationsde fonctions cognitives spcifiques, comme lattention [28,36], lexploration visuelle [10,37,38]ou lextraction dinformations relatives la configuration du visage [39]. Ces travaux traduisentla volont dinscrire le dficit observ pour le traitement des informations faciales (identit, mo-tion, ge) sur un arrire-plan de perturbations plus gnrales, affectant des processus communs toutes ces informations. Si, comme le suggrent Frith et al. [11], les schizophrnes prsententun problme dintgration des traits faciaux, les processus mis en uvre lors de cette intgrationfont en effet probablement appel des capacits cognitives gnrales, impliquant des processusdabstraction ou des capacits attentionnelles particulires. Or, il nest pas exclu que la richesseet la complexit des informations vhicules par le visage rendent ces processus fondamentaux,plus encore que pour dautres catgories de stimuli.

    3.1. Attention slective et pattern dexploration visuelle

    Plusieurs tudes ont montr, chez les patients schizophrnes, une perturbation de lattentionslective, notamment dans les tches visuelles [40]. Or, reconnatre une expression faciale sup-pose de pouvoir faire abstraction de lidentit ou de la familiarit du visage percu, cest--dire dene prter attention qu une seule des dimensions du stimulus quand les autres varient (lorsquelidentit varie mais que lmotion exprime reste la mme, par exemple) : les difficults despatients schizophrnes analyser linformation faciale pourraient ressortir dun problme atten-tionnel de ce type [28]. Il a t montr en effet que le traitement de lmotion faciale interagissaitavec les processus mobiliss pour la reconnaissance faciale [41], interaction qui semble affecterparticulirement les performances des patients schizophrnes [36].

    Lhypothse dun dficit en attention slective est galement supporte par plusieurs tudesportant sur les patterns dexploration faciale des patients schizophrnes. Ces travaux prsententlintrt demployer un marqueur psychophysiologique de lattention visuelle : les anormalitsenregistres dans le pattern dexploration visuelle du schizophrne (pattern de mouvements ocu-laires et fixations fovales) produisent en effet une mesure objective des stratgies employes parle patient pour traiter les stimuli faciaux quil rencontre. Loughland et al. [37] ont montr, chezdes patients schizophrnes, une rduction de ce pattern spcifique aux stimuli faciaux (nombretotal de fixations rduit, mouvements oculaires plus courts entre ces fixations, dure dcroissantede lexploration et attention rduite aux traits faciaux saillants), rduction quon ne retrouve paspour dautres stimuli complexes comme des figures gomtriques ou des visages dgrads [10].Ces anormalits du pattern dexploration faciale, relativement stables, ne sont pas affects par ledcours de la maladie [42] et sont significativement plus marques chez les patients schizophrnesque chez les patients souffrant de troubles affectifs [38].

    Au total, le dficit observ en schizophrnie pour le traitement des informations faciales,en gnral, motionnelles en particulier, pourrait rendre compte dune dfaillance des stratgies

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    neurocognitives qui sous-tendent habituellement le traitement des stimuli faciaux. Ce dficit refl-terait un chec dintgration des traits saillants, sans doute d une altration du traitement localde linformation pertinente et un dysfonctionnement des rseaux neuronaux qui synchronisentles traitements local et global des visages [37]. En outre, les pattern dexploration rduits despatients schizophrnes suggrent une dpendance excessive aux stratgies de recherche squen-tielle, mcanisme compensatoire dun problme peut-tre plus prcoce de traitement conguraldes traits faciaux [42,37].

    3.2. Le rle des informations congurales dans le traitement de lidentit faciale

    Carey et Diamond ont introduit en 1977 [44] le terme dinformation congurale pour rendrecompte de linterrelation observe entre les diffrents traits faciaux (galement Baudouin et al.[45]). Cette interrelation a t mise en vidence, entre autres, par des phnomnes dinterfrencedans le traitement dun composant facial lorsque, dans le contexte dun visage, sa position ouson orientation est modifie relativement lemplacement et lorientation canoniques des autrestraits faciaux [46,47]. Historiquement, on distingue deux types dinformation configurale, depremier et de second ordre [48]. Les informations relationnelles de premier ordre rfrent auxdispositions simples et canoniques des composants faciaux (linformation qui fait dun visage, unvisage) : deux yeux disposs horizontalement sous le front, un nez vertical mdian, une bouchehorizontale sous le nez, etc.

    Ces informations, qui suffisent distinguer une table dune chaise, sont nanmoins insuffisantespour distinguer un visage dun autre. La distinction entre exemplaires faciaux mobilise en effetdes informations plus subtiles : les relations configurales de second ordre . Elles reprsententles relations entre les diffrentes positions des composants faciaux (la position du nez relativement la position de la bouche, par exemple), autrement dit, renvoient des relations singulires entre relations courantes . Enfin, un troisime type dinformation faciale a t identifi plustardivement : les informations dites holistiques du visage, qui rfrent au traitement par lequelles traits faciaux sont littralement fusionns en un tout, ou gestalt [49,50].

    3.3. Le rle des informations congurales dans le traitement de lmotion faciale

    Si les informations configurales sont cruciales pour lidentification dexemplaires faciaux, ilest probable quelles le soient galement pour la reconnaissance de lmotion faciale. Calderet al. [51] ont rpliqu avec des visages motionnels un paradigme labor initialement parYoung et al. [52] afin dvaluer le rle des informations relationnelles (de type holistiques )sur les capacits de reconnaissance faciale. La tche adapte par Calder et al. consistait jugerlexpression dun visage composite (dont les parties infrieure et suprieure taient alignes) ounon-composite (parties non alignes). Dans les deux conditions, composite et non-composite, lesdeux moitis des visages prsentes nexprimaient pas la mme motion. Les auteurs ont montrque lalignement perturbait la reconnaissance de lexpression de lune des parties dsignes parlexprimentateur : le visage composite, artificiellement cr, gnrait une nouvelle configurationmotionnelle faciale qui interfrait avec la capacit des participants identifier lmotion de luneou lautre moiti de ce mme visage. En revanche, lorsque cette configuration faciale tait rompue(parties non alignes), les sujets reconnaissaient immdiatement lmotion exprime par la partiedu visage sur laquelle ils devaient se concentrer, sans que ninterfre lmotion exprime par lapartie ngliger.

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    Or, si la reconnaissance de lmotion faciale tait largement base sur lanalyse de traits indivi-duels, alors lalignement des moitis haute et basse du visage naurait d avoir quun effet minimesur la capacit des participants identifier lmotion spcifie, dans la mesure o, prcisment,seule la configuration est perturbe par cette manipulation (lalignement des parties). Ce nest pasle cas. Cet effet composite, qui tmoigne dun traitement configural de lmotion faciale, disparatlorsque les visages sont inverss : lenvers, les motions exprimes par les parties haute et bassedu visage ninterfrent pas, mme lorsque ces parties sont alignes. La nouvelle configurationmotionnelle nest pas dtecte par les sujets, qui peuvent alors traiter slectivement lmotionexprime par la moiti de visage dsigne par exprimentateur.

    4. Visages et schizophrnie : une perturbation du processus dextraction desinformations congurales ?

    Nous avons soulign que le dficit des patients schizophrnes pour le traitement des informa-tions faciales supposait, en raison de son caractre gnralis, latteinte dun processus commun toutes ces informations. Le processus dextraction des informations configurales semble cetitre un candidat privilgi. Trois arguments, que nous rappelons, tayent cette hypothse :

    des tudes ont mis en vidence une rduction significative du pattern dexploration visuelledes patients schizophrnes, suggrant lexistence dun dficit pour le traitement configural destraits faciaux [43,37] ;

    les dficits observs chez les patients schizophrnes pour le traitement des informations facialesen gnral, motionnelles en particulier, pourraient tre lis une perturbation spcifique du oudes mcanismes mobiliss par le sujet sain pour effectuer ce type de traitement : le processusdextraction des informations configurales, par exemple ;

    le fonctionnement normal de ce mcanisme dextraction est crucial pour lexpertise des visagescomme pour la reconnaissance de lexpression faciale ; commun toutes les informationsfaciales, il pourrait donc expliquer le dficit des patients schizophrnes pour le traitement delidentit et de lmotion faciales.

    Peu de travaux, nanmoins, ont directement test cette hypothse. Schwartz et al. [53] rap-portent, chez les patients schizophrnes, un effet dinversion pour les visages plus importantque celui observ pour des images de maisons. L effet dinversion quantifie ici le degr aveclequel les performances des participants sont affectes par la prsentation de visages renverss (i.e. prsents tte lenvers ). Le renversement est une procdure connue pour perturberlextraction des informations configurales ; l effet dinversion est donc une mesure indirectede limportance que les sujets accordent aux informations de configuration en conditions deprsentation normale (i.e. visages lendroit). Dans ltude de Schwartz et al., les patients schi-zophrnes paraissent donc sensibles aux informations configurales puisque leurs performanceschutent (effet dinversion) lorsquon perturbe exprimentalement lextraction de ces informationsde configuration.

    Dans un second paradigme manipulant des visages composites, les auteurs observent galementchez les patients le mme effet dinterfrence que lon retrouve chez les sujets sains : lorsque lesdeux moitis du visage sont alignes, lune des contre-parties perturbe le traitement de la moiti laquelle les patients doivent prter attention. Ces deux rsultats indiquent que le dficit dereconnaissance de lexpression faciale motionnelle ne peut sexpliquer dans la schizophrniepar une altration du traitement des informations configurales.

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    Fig. 1. Variation du critre de dcision selon lorientation du visage et son motion chez un groupe de sujets tmoins(n = 26) et de patients schizophrnes (n = 26).

    Nous avons conduit en 2006 une exprience similaire, qui utilisait galement le paradigmedinversion [54]. Vingt-six patients schizophrnes et 26 sujets tmoins ont particip ltude, quiconsistait identifier lmotion exprime (e.g. joie, peur, tristesse, colre, dgot, neutralit) surun ensemble de 48 visages lendroit et 48 visages inverss. Comme dans ltude de Schwartzet al., les patients schizophrnes prsentaient des performances globalement altres pour lareconnaissance des motions faciales et cela, dans les deux conditions, droit et renvers. Lespatients prsentaient galement le mme effet dinversion que les sujets tmoins.

    Mais lorsque nous avons examin le critre de dcision1 utilis par les patients dans les condi-tions droit et renvers, certaines particularits ont merg, qui ne saccordaient pas, ou mal,avec la conclusion dun traitement configural prserv. Puisque les patients prsentaient un effetdinversion, nous nous attendions ce quils modifient, comme les sujets tmoins, leur stratgiedanalyse perceptive aprs inversion des visages. Ce ntait pas le cas : les patients adoptaientles mmes stratgies de rponse pour les visages lendroit comme lenvers. Cet effet apparatnettement sur le graphique (Fig. 1).

    Les valeurs rapportes dans la Fig. 1 correspondent un indicateur du critre de dcision(B), emprunt la thorie de dtection du signal [55]. Ces valeurs peuvent varier de -1 1.Une valeur ngative indique que le sujet a tendance percevoir lmotion considre. Ilrpond frquemment joie lorsque le visage exprime rellement la joie, mais galement lorsquilexprime une autre motion. On parle alors dun critre de dcision libral. Une valeur positiveindique au contraire un critre conservateur : le sujet tend ne pas percevoir lmotion considresur des visages exprimant dautres motions. Il tend aussi ne pas la percevoir sur les visageslexprimant rellement. Les valeurs proches de zro, enfin, indiquent un critre neutre, signifiantque le sujet ne prsente pas de biais de rponse particulier. Lexamen de la Fig. 1 indique queles sujets tmoins adoptent un critre libral pour la joie et neutre conservateur pour les autresmotions. Lorsque le visage est renvers, ils modifient leurs critres, qui deviennent encore plusconservateurs pour les motions ngatives et plus libraux pour la neutralit. Les sujets tmoinsadaptent donc leurs critres selon lorientation du visage. Chez les schizophrnes, en revanche,aucune volution des critres nest observe suite au renversement. Plus encore, leurs critrescorrespondent, sous les deux orientations, aux critres que les sujets tmoins adoptent pour lesvisages renverss.

    1 Le critre de dcision indique la prsence dun biais (libral ou conservateur) dans la rponse du sujet : le sujet tend-t-il percevoir telle ou telle motion, mme sur des visages ne lexprimant pas ?

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    Cette absence deffet dinversion sur les critres de dcision voque labsence dvolutiondu pattern dexploration visuelle rapporte par Schwartz et al. [43]. Elle suggre galement queles patients schizophrnes traitent les visages lendroit comme les tmoins traitent les visages lenvers, cest--dire avec une perturbation du traitement des informations configurales. Dansltude que nous prsentons ici, cette conclusion est renforce par lobservation chez les schizo-phrnes, mais pas chez les sujets tmoins, dune corrlation significative entre les performancessous les deux orientations.

    Ces rsultats nous apprennent au moins deux choses : la persistance dun effet dinversionsur les performances des schizophrnes suggre que les patients sont sensibles aux informationsconfigurales. Ce traitement, nanmoins, pourrait ne pas tre tout fait appropri. La reconnais-sance faciale (identit ou motion) suppose dintgrer correctement les traits critiques du visageen un tout cohrent. Or, des informations configurales de mauvaise qualit pourraient naturelle-ment affecter la constitution de cette gestalt (en perturbant le traitement des parties locales duvisage par exemple) et rendre compte, paralllement la persistance dun effet dinversion, desmauvaises performances que les patients schizophrnes obtiennent aux tests de reconnaissancefaciale en gnral.

    Une seconde explication merge de la nature foncirement composite des informations confi-gurales. Linversion pourrait affecter davantage les informations holistiques que les informationsrelationnelles de second ordre [50] dont le traitement serait prserv chez les patients schi-zophrnes. Pour tester cette hypothse, Baudouin et al. ont rcemment labor un paradigmeexprimental manipulant directement les relations de second ordre du visage [56]. Pour ce faire,les auteurs ont modifi, avec diffrentes intensits, la distance entre les yeux de visages simi-laires, prsents cte cte. Ils ont ensuite calcul la distance minimale que les participantstaient capables de discriminer. Or, il sest avr que les patients schizophrnes avaient besoindune distance deux fois plus importantes que les sujets tmoins. Ces rsultats, obtenus via un pro-tocole diffrant du traditionnel paradigme dinversion, indiquent que les patients schizophrneschouent traiter correctement les relations de second ordre. Comme nous lindiquions plus haut,les anormalits enregistres dans le pattern dexploration facial des schizophrnes pourraientrendre compte de ce traitement inappropri. Chez les sujets sains, le scanning visuel dun visagesuit un chemin rgulier : les participants se concentrent sur les traits principaux, puis sautent entre les diffrents composants qui constituent le visage (e.g., les yeux, le nez et la bouche [57]).Les patients schizophrnes prsentent quant eux un pattern dexploration visuel caractris parun nombre rduit de saccades et des fixations plus longues, pattern qui pourrait traduire un privi-lge excessif accord aux stratgies de recherche squentielle. Bases sur un traitement hiratiquedes parties locales du visage, de telles stratgies seraient mobilises au dtriment du traitementdes proprits relationnelles, lesquelles impliquent de raliser des saccades entre les diffrentstraits du visage.

    5. Conclusion

    Le rle des informations configurales dans le dficit observ chez les patients schizophrnesen matire de reconnaissance ou de discrimination faciale reste une piste intressante explorer. nen pas douter, il sera lobjet dune attention particulire dans les annes venir. Ces tudesgagneront certainement considrer la distinction entre informations relationnelles de secondordre et informations holistiques introduite par Maurer et al. [50]. Les divergences recenses dansla littrature pourraient en effet traduire laltration dun seul de ces deux types dinformationconfigurale, en particulier de second ordre. Enfin, il convient de souligner que la schizophrnie

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    est une affection excessivement htrogne et, de fait, il est peu probable quun seul mcanismeexplique toutes ses manifestations. Il parat donc indispensable dexaminer plus avant les liensque ce dficit pour le traitement des visages entretient avec les symptmes prvalants chez lespatients tests. La taille de leffet dinversion, par exemple, semble associe la svrit dessymptmes ngatifs, les patients dficitaires tant peu sensibles au renversement des visages [54].Les patients dont la symptomatologie prdominante est ngative ont galement plus de diffi-cults reconnatre lmotion faciale que les schizophrnes productifs [35,28,58]. En revanche,nous avons observ que la discriminabilit de certaines motions, ainsi que le changementde stratgie dcisionnelle aprs inversion (de libral conservateur), covariait avec la svritdes symptmes positifs de la maladie [59]. En gnral, plus svres sont les hallucinations, lesides dlirantes et la bizarrerie du comportement, moins bonnes sont les performances en dis-criminabilit et plus le critre de dcision devient conservateur aprs linversion [54]. Certainssymptmes pourraient donc entretenir une relation spcifique avec le dficit que prsentent lesschizophrnes aux tests de reconnaissance faciale. Les difficults dont souffrent les patients enmatire de reconnaissance motionnelle faciale, ainsi que leur tendance ne pas reconnatre lesmotions ngatives, pourraient naturellement favoriser (causer ?) lmergence de comportementsinadapts, comportements dont tmoignent ici les liens observs entre le dficit et la svrit dessymptmes positifs hallucinations, dlire et comportements bizarres.

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    Reconnaissance de l'emotion faciale et schizophrenieIntroductionUn deficit de traitement generalise toute l'information faciale?L'hypothse d'un deficit specifique au traitement de l'emotion facialeLa notion de deficit specifique rediscutee

    Un processus de traitement commun toutes les informations faciales?Attention selective et pattern d'exploration visuelleLe rle des informations configurales dans le traitement de l'identite facialeLe rle des informations configurales dans le traitement de l'emotion faciale

    Visages et schizophrenie: une perturbation du processus d'extraction des informations configurales?ConclusionReferences