Prise en charge en kinsithrapie de la paralysie faciale patient souffrant de paralysie faciale est d’abord vu par l’ORL ; par la suite, un traitement en kinsithrapie pourra aider une meilleure rcupration mme s’il est instaur tardivement.

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    23-May-2018

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<ul><li><p>Photo 1. Visage au repos. Photo 2. Visage lactivit.</p><p>18 | La Lettre dORL et de chirurgie cervico-faciale n 318 - juillet-aot-septembre 2009 </p><p>MISE AU POINT</p><p>Prise en charge en kinsithrapie de la paralysie faciale priphrique non opreCare management of the peripheral Bell s palsy in physiotherapy</p><p>D. Lafosse*</p><p>* Masseur-kinsithrapeute DE, D.U. de rducation maxillo-faciale, Paris et Champigny-sur-Marne.</p><p>Les paralysies faciales priphriques a-frigore, zostriennes, ou dues un neurinome, sont des affections qui peuvent tre prises en charge en rducation ; elles ncessitent alors lintervention dun kinsithrapeute spcialis.Le traitement en kinsithrapie permet damliorer la qualit de la rcupration, de stimuler celle-ci et de limiter les squelles. Son efficacit est tributaire de ltiologie de la paralysie, de sa gravit, du dlai de rcupration et de limplication du patient. Il est souvent long et fastidieux, et implique, de la part du kinsithrapeute, une coute constante des plaintes du patient quant lvolution de sa paralysie faciale. La rcupration de la motricit est observable et objectivable par tous, mais, en fin de compte, seul le ressenti du patient importe.</p><p>Nous dcrirons ici les points importants de la kin-sithrapie dans la prise en charge des paralysies faciales.Le kinsithrapeute recevant dans son cabinet un patient envoy le plus souvent par un ORL pour une rducation de paralysie faciale rserve une heure pour le premier rendez-vous. Cette consultation se divise en deux temps : les bilans (subjectif, objectif et palpatoire) et la mise en place du traitement.</p><p>Bilans</p><p>Afin de dfinir les consquences de la paralysie sur le quotidien du patient, on recueille les informa-</p></li><li><p>Photo 4. Difficult dlocution : pro-nonciation du A.</p><p>Photo 5. Difficult dlocution : pro-nonciation du E.</p><p>Photo 6. Difficult dlocution : pro-nonciation du I.</p><p>Photo 7. Difficult dlocution : pro-nonciation du O.</p><p>Photo 8. Difficult dlocution : pro-nonciation du U.</p><p>Photos 3 a et b. Mimiques impossibles ou dformes.</p><p>La Lettre dORL et de chirurgie cervico-faciale n 318 - juillet-aot-septembre 2009 | 19</p><p>RsumUn patient souffrant de paralysie faciale est dabord vu par lORL ; par la suite, un traitement en kinsithrapie pourra aider une meilleure rcupration mme sil est instaur tardivement. Le rle du kinsithrapeute est dabord dtablir le bilan prcis des muscles innervs par le nerf facial et de garder les photos quil a prises du patient lors de la premire consultation. Il laborera au cours des soins un programme dexer-cices que le patient devra faire chez lui. Globalement, au dbut, le patient sera vu par le kinsithrapeute une deux fois par semaine, et cela pourra durer plusieurs mois. Les exercices consisteront rduquer les muscles du visage tant du ct atteint que du ct sain. Une prise en charge globale du patient est ncessaire afin dobtenir une bonne coopration et de bons rsultats.</p><p>Mots-clsParalysie facialeKinsithrapieBilanPhotographiesMassagesMimiques analytiquesContrle visuel</p><p>SummaryA patient suffering of facial paralysis is first of all seen by the ENT. After that, the physiotherapist will help a better recuperation, even when the patient is seen late. The physiotherapists role is at first to make a detailed evaluation of the muscles innerved by the facial nerve, and to keep photographs of the patient taken during the first consultation. The patient will then be proposed a training program during the consulta-tion to be practiced at home. For a few months, the patient will be seen by the physiothera-pist once or twice a week. The exercises are intended to reed-ucate muscles on the affected part of the face and also on the healthy part of the face. A complete care of the patient is necessary for a good coopera-tion and good results. </p><p>KeywordsFacial paralysis</p><p>Physiotherapy</p><p>Evaluation</p><p>Photography</p><p>Massages</p><p>Analytic mimes</p><p>Visual control</p><p>tions relatives ce dernier (donnes administra-tives, activits professionnelle et personnelles). On tudie lquilibre du visage avant la paralysie faciale, laide de photographies. Une fois cette tude faite, on observe limportance de latteinte : la paralysie des muscles de lhmiface entrane une dformation flagrante du visage, au repos (photo 1) et lactivit (photo 2) ; les mimiques sont impossibles ou dfor-mes (photos 3 a et b). Les patients prsentent des difficults dlocution cause de la paralysie des obturateurs, des zygomatiques et du buccinateur (photos 4 8). </p><p>Bilan subjectif</p><p>On demande au patient quelles sont ses plaintes ; les rponses sont trs importantes, car cest partir delles que lon met en place la rducation. Le problme de </p><p>llocution est toujours cit ; ensuite vient la difficult garder le bol liquide, avec des consquences plus ou moins importantes en fonction de la gravit de lat-teinte du buccinateur et des obturateurs. Certains ne dcrivent que des difficults rencontres lors du rinage de bouche pendant la toilette ; dautres voquent des difficults pour boire et manger, ce qui leur interdit toute vie en socit, car ils sont trs incommods lors des repas. Ensuite vient la plainte de ne pouvoir sourire : on doit prvenir le patient, ds ce premier rendez-vous, que cest la dernire chose quon travaillera, car les zygomatiques, plus proches du tronc du nerf facial et plus forts que les obturateurs, rcuprent souvent en premier. En outre, travailler leur rcupration va lencontre de la rcupration des obturateurs. La plainte esthtique arrive alors et, avec elle, celle qui concerne la difficult exprimer des sentiments par mimiques : le seul fait de hausser les sourcils signifie ltonnement, le seul fait de les froncer signifie le mcontentement. </p><p>a b</p></li><li><p>Photo 9. Syncinsie.</p><p>20 | La Lettre dORL et de chirurgie cervico-faciale n 318 - juillet-aot-septembre 2009 </p><p>Prise en charge en kinsithrapie de la paralysie faciale priphrique non opre</p><p>MISE AU POINT</p><p>Le patient demande ensuite une estimation du temps de rcupration. Cest un moment important du bilan : on lui dit notre incapacit estimer la dure ainsi que la qualit de la rcupration. Il est prfrable que les patients comprennent trs vite que, face une lsion nerveuse, nous sommes entirement dpendants du bon vouloir de leur organisme. Le travail effectu en kinsithrapie permet damliorer la qualit de la rcupration, en vitant lapparition dhypertonies et de syncinsies Les syncinsies sont des mouve-ments anarchiques involontaires qui se crent lors du mouvement volontaire. Par exemple, quand le sujet ferme les yeux, on voit llvation de la commissure labiale. Quand le sujet met la bouche en cul de poule, lil se ferme. (1). cette fin, on donne au patient les moyens et les mthodes pour stimuler au mieux les muscles paralyss tout en respectant lquilibre des forces que leur visage prsentait avant latteinte.</p><p>Bilan objectif</p><p>Le patient est install, la lumire, sur une chaise face au kinsithrapeute, avec un miroir. On estime son score dHouse-Brackmann, puis, en lui montrant un un les mouvements, on value son score de Freyss. Pour finir, on peut prendre des photos de son visage, dabord au repos, puis en rptant tous les exercices du score de Freyss, en prononant les phonmes A (photo 4), E (photo 5), I (photo 6), O (photo 7) et U (photo 8). Sil existe des syncinsies, on les photographie galement (photo 9). </p><p>Bilan palpatoire</p><p>Le patient est allong sur la table dexamen, et le kinsithrapeute value, en intra- et en extrabuccal la tonicit de chaque muscle par comparaison avec ceux du ct sain ; il peut galement valuer la rponse des muscles aux tirements rflexes. Dans les cas de prise en charge postopratoire, ces palpations sont effectues doucement : le kinsithrapeute pourra apprcier la qualit de la cicatrisation et, si besoin, travailler sur les cicatrices en cas de formation dadh-rences ou de brides. Enfin, on vrifiera que le patient a bien compris limportance de suivre le traitement donn par le mdecin pour son il.Le premier temps de la sance est maintenant termin ; cest partir de ces bilans que lon met en place le programme de rducation.</p><p>Rducation</p><p>La rducation comprend des massages et un programme dexercices.Le patient doit faire ses exercices une deux fois par jour, au calme, et face un miroir pour le contrle visuel. En prsence dune hypertonie, on apprendra au patient se masser le visage (massage exo- et endo-buccal, si besoin) avant de commencer les exercices.</p><p>Massage</p><p>Le massage comporte la fois un massage endo-buccal et un massage externe. Le massage endo-buccal consiste masser les muscles de la joue, avec le pouce lintrieur de la joue, lindex et le majeur massant la joue par lextrieur ; il seffectue donc de part et dautre du muscle masser. Cest grce ce massage que lon vite lventuelle rtraction de certains muscles et que lon redonne sa souplesse au muscle concern. Le massage externe du visage est bilatral et concerne tous les muscles de la face. Il est important, pour obtenir une bonne dcontraction du patient, dy associer un massage du rachis cervical et du cuir chevelu. Cet tat de dtente du patient nous permet alors de faire les exercices sur un visage dcontract. Par ailleurs, le patient, qui vitait aupa-ravant de se voir dans un miroir, prouve le dsir de redcouvrir son image aprs le massage. </p><p>Exercices</p><p>Les exercices sont propres chaque patient et voluent dune sance lautre en fonction du degr de rcupration. Il faudra galement tenir compte de leur bonne excution dans le cadre de lautorducation effectue par le patient. Certains principes sont importants respecter : le temps et lintensit des contractions, les temps de repos et le nombre de rptitions sont prciss au patient. La partie du visage qui ne travaille pas doit rester au repos : elle est donc surveiller afin dviter lapparition de syncinsies. Les muscles sont travaills un par un, et par groupes dagonistes, et de faon symtrique.Un occipito-frontal entre 0 et 1 se travaille par sries de contractions concentriques avec aide digitale, et de prfrence en position allonge. Le patient doit sassurer, grce au miroir, quil ne contracte pas les muscles de la bouche pendant quil cherche contracter le front. Lexercice suivant concernera lantagoniste, le corrugateur, avec aide digitale ou </p></li><li><p>Photos 10 a, b et c. volution chez des patientes atteintes de paralysie faciale a frigore en un an, doctobre 2007 octobre 2008.</p><p>La Lettre dORL et de chirurgie cervico-faciale n 318 - juillet-aot-septembre 2009 | 21</p><p>MISE AU POINT</p><p>non, en fonction de la qualit de la contraction, mais surtout en surveillant que les muscles du nez ou de la bouche ne se contractent pas en mme temps. En cas de difficult effectuer ces exercices, on proposera des solutions telles que regarder le plafond, ce qui, indirectement, fait hausser les sourcils. Il est important de traiter les muscles du front, car ils font partie intgrante de la communication non parle. Les muscles priorbitaires sont trs importants pour lobturation palpbrale, donc la protection de la rtine ; en outre, ils participent galement la communication non verbale. Le canin est un muscle dont la contraction est disharmonieuse, car elle augmente le sillon naso-gnien et parasite la rcupration des obturateurs de la lvre suprieure. De la mme faon, la rcupration des zygomatiques entrane, si elle nest pas matrise, une hypertonie qui provoque une asymtrie du visage et parasite la rcupration des obturateurs pribuc-caux. De faon gnrale, on sefforcera de travailler les obturateurs, et non pas les dilatateurs. Pour traiter les contractions parasites, on met en place des points fixes tenus ; ces prises diffrent pour chaque patient, et ne sont donc pas descriptibles de faon gnrale. Cest le kinsithrapeute et son patient qui trouveront les solutions chaque squelle.</p><p>En gnral, le patient sera vu par le kinsithrapeute aprs la troisime semaine dvolution de la maladie, si la rcupration na pas t totale. La frquence des sances varie selon les cas et les patients. Les premiers temps, le patient aura rendez-vous une deux fois par semaine ; par la suite, les sances seront plus espaces, except dans les cas o les massages sont indispen-sables et o le patient ne les ralise pas lui-mme. Si des injections de toxine botulinique ont t faites, le kinsithrapeute devra adapter sa rducation. </p><p>Conclusion</p><p>La paralysie faciale priphrique est une affection trs difficile vivre pour les patients ; leur prise en charge par un kinsithrapeute spcialis, en coordination avec l'ORL, les aide dans cette preuve.La plupart des paralysies faciales priphriques, a-frigore ou zostriennes, rgressent rapidement (photos 10a, b et c), mais, dans certains cas, la rcu-pration est lente, incomplte voire dsquilibre. C'est dans ces cas-l que la kinsithrapie, mme tardivement mise en place, peut apporter de relles amliorations. </p><p>Rfrence bibliographique</p><p>1. Chevalier AM. Rduca-tion des paralysies centrales et priphriques. Encycl Md Chir, kinsithrapie-mdecine physique-radaptation, 26-463-B-10, 2003, 15 p.</p><p>Pour en savoir plus Lacote M, Chevalier AM, </p><p>Miranda A, Bleton JP. valuation clinique de la fonction muscu-laire. Paris : Maloine, 2000.</p><p> Fombeur JP, Bergeras D, Chevalier AM. Notre exprience de la kinsithrapie et de la rdu-cation des paralysies faciales priphriques. Ann Chir Plast 1978;23(4):237-40.</p><p> Lamas G, Gatignol P. Paraly-sies faciales. Paris : Solal, 2004.</p><p> Bonf ils P, Chevalier JM. Anatomie ORL (2e dition). Paris : Mdecine-Sciences Flammarion, 2005.</p><p> Le Borgne H. Du traitement mdical de la paralysie faciale dite a-frigore. propos de 37 observations. Thse universit Claude-Bernard, Lyon-1.</p><p> Auch-Roy K, Duault JM. Prise en charge de 2 patients prsen-tant une paralysie faciale. Kin-sithrapie 2003;2(14).</p><p>b</p><p>c</p><p>a</p></li></ul>

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