Intérêt du dosage sérique des marqueurs Cyfra 21.1 et SCC dans le suivi des patients traités pour carcinomes de la tête et du cou

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Stratgies dexploration et suivi thrapeutiqueIntrt du dosage srique des marqueurs Cyfra 21.1 et SCCdans le suivi des patients traits pour carcinomes de la tte et du couInterest of measuring Cyfra 21.1 and SCC in the follow-up of patientswith treated carcinoma of the head or the neckA. Banal a, K. Hacene b, E. Berthelot-Ruff c, M.F. Pichon c,*a Service dotorhinolaryngologie, centre Ren-Huguenin de lutte contre le cancer, 35, rue Dailly, 92210 Saint-Cloud, Franceb Service de statistiques mdicales, centre Ren-Huguenin de lutte contre le cancer, 35, rue Dailly, 92210 Saint-Cloud, Francec Laboratoire doncobiologie et service de mdecine nuclaire, centre Ren-Huguenin de lutte contre le cancer, 35, rue Dailly,92210 Saint-Cloud, FranceReu le 19 mai 2004 ; accept le 12 juin 2004Disponible sur internet le 02 septembre 2004Rsumtude prospective ayant pour but lvaluation de la spcificit et de la sensibilit des marqueurs sriques SCC et Cyfra 21.1 dans les cancersORL et de leur intrt respectif dans le dpistage prcoce des rcidives et mtastases. Les srums de 312 patients porteurs de tumeurs malignesORL ont t collects, avant tout traitement, un mois aprs la fin du traitement, puis tous les six mois. Les rsultats ont t valus avec la valeurseuil admise pour le SCC (1,5 ng/ml) et de 1 ng/ml pour le Cyfra 21.1 calcule partir dune courbe ROC.La concordance entre les rsultatsdes deux tests avant tout traitement est faible (corrlation des rangs de Spearman : 0,42). La corrlation des deux marqueurs sriques avanttraitement a t vrifie pour chacune des variables : T (SCC p = 0,001 Cyfra p < 0,00001), N (p = 0,004 p < 0,00001 respectivement) et stadeUICC (p < 0,0004 p < 0,00001 respectivement). Il existe une relation significative entre la valeur initiale de Cyfra 21.1 et lintervalle sansrcidive (Log rank test p = 0,015). Les valeurs pronostiques respectives de chacun des marqueurs prthrapeutiques ont t compares enutilisant le modle de Cox. Pour lintervalle sans rcidive, les facteurs pronostiques principaux sont la radiothrapie exclusive (p = 0,0075) etla combinaison des deux marqueurs SCC/Cyfra (p = 0,020). Ces deux facteurs ayant t exclus, seul un taux initial lev de CYFRA reste unevariable indpendante associe au risque de rcidive. Au total, si la sensibilit du Cyfra 21.1 parat suprieure celle du SCC, son intrt dansle dpistage des rechutes reste limit. 2004 Elsevier SAS. Tous droits rservs.AbstractPatients with head and neck tumours (HNT) have a high risk of early locoregional relapse difficult to diagnose after initial treatment. Ourwork aimed at studying the usefulness of serum Cyfra 21.1 assays for monitoring such patients. 312 HNT, including 204 newly diagnosedpatients were followed-up for a median of 446 days with serial immunoradiometric serum assays of SCC and Cyfra 21.1. The cut-offconcentration for Cyfra 21.1 (1 ng/ml) was obtained after ROC (receiver operating characteristic) curve analysis. Pretreatment SCC and Cyfra21.1 levels were slightly related to each other, their concentration was correlated to clinical stages (P =0.0004 and P Mots cls : Cyfra 21.1 ; SCC ; Tumeurs de la tte et du cou ; Marqueurs sriquesKeywords: SCC; Cyfra 21.1; Head and neck tumours; Serum assays1. IntroductionEn France, les tumeurs malignes des voies arodigestivessuprieures se situent au quatrime rang des cancers mascu-lins avec pratiquement 17 000 cas par an et au 5e rang de lamortalit masculine par cancer avec 6300 dcs annuels. Ledveloppement de ces tumeurs est pratiquement toujours li la consommation de lalcool et du tabac. Cliniquement cescancers se singularisent par : une majorit de stades dj trs volus au moment dudiagnostic ; un risque lev de rcidive locale prcoce et, lorsque lagurison est obtenue, un risque important de dveloppe-ment dun deuxime cancer ; enfin, un risque mtastatique estim 10 %, qui tend slever avec les progrs thrapeutiques locaux.Un marqueur srologique fiable permettrait, dune part dedisposer dune aide la stratgie thrapeutique et, dautrepart de dpister prcocement les rcidives et les deuximeslocalisations, de faon amliorer un pronostic toujours trslourd pour ces patients.2. Patients et mthodes2.1. PatientsIl sagit dune tude prospective destine tudier etcomparer lutilit des marqueurs sriques Cyfra 21.1 et SCCen routine dans le suivi des patients porteurs dune tumeurmaligne de la sphre ORL (Tableau 1).Nous avons retenu une population de 312 patients traitsau centre Ren-Huguenin entre 1994 et 1997, chaque patientayant eu au moins un prlvement avant tout traitement etdans le mois suivant le date de fin de traitement. Les autresprlvements ont t pratiqus tous les six mois durant lasurveillance. La mdiane de suivi de ces patients a t de526 jours (941490, 95e percentile). Le sex-ratio tait de85 % dhommes pour 15 % de femmes avec un ge moyen de59 ans. Du point de vue histologique il sagissait 97 % decarcinomes pidermodes. Nous avons volontairementconserv 3 % dhistologie non pidermode de faon resterdans le cadre dun recrutement habituel.Toutes les localisations tumorales sont reprsentes etralisent un chantillonnage classique de recrutement canc-rologique ORL avec une majorit doro- (25 %) et hypopha-rynx (19 %). Tous les patients ont bnfici dun bilan initialcomportant bilan sanguin, radio pulmonaire, triple endosco-pie avec biopsie et, tomodensitomtrie.La rpartition TNM et stades UICC (union internationalecontre le cancer) est celle habituellement constate en canc-rologie ORL avec une majorit de formes volues : 14 % destades I, 17 % de stades II, contre 18 % de stades III et 51 %de stades IV. Enfin, 12 patients taient mtastatiques dem-ble.Le traitement a t dcid en staff pluridisciplinaire enfonction des protocoles en cours au centre. La chirurgie aconstitu le principal du traitement pour 106 patients et laradiothrapie pour 180 dentre eux. Aprs traitement lespatients taient revus tous les trois mois la premire annepuis tous les six mois. La courbe de survie selon KaplanMeier est caractristique de lORL avec un taux de survie de42 % trois ans. La mdiane de suivi tait de 526 jours.Durant ltude, 22 % ont prsent une rcidive locale pr-Tableau 1Tableau de rpartition de la population tudie (n = 312)Nombre de patients a %Masculin 272 87,2Fminin 40 12,8T1 51 16,3T2 73 23,4T3 75 24,0T4 106 34,0Inconnu 7 2,2N0 117 37,5N1 64 20,5N2 82 26,3N3 49 15,7Mtastasesoui 300 96,2non 12 3,8StadeI 42 13,5II 51 16,3III 52 16,7IV 163 52,2Inconnu 4 1,3Loc, unique 290 92,9Multiple 22 7,1pidermodediffrenci273 87,5p, indiff-renci19 6,1Adnocarci-nomes7 2,2Autres 9 2,9Tumeursindiffren-cies4 1,3a ge 59 11 (moyenne SD).209A. Banal et al. / Immuno-analyse & Biologie spcialise 19 (2004) 208214coce, 27 % tardive, 13 % une mtastase (25 au poumon) et8 % un deuxime cancer. Au total 119 patients soit 38 %taient dcds de leur cancer en fin dtude.2.2. Mthodes2.2.1. Dosage des marqueurs sriquesLe SCC est un marqueur plus ancien que le Cyfra 21.1. Ilsagit dun inhibiteur de srine protase dont le dosage a tpropos dans les carcinomes pidermodes des bronches, ducol utrin et de la sphre ORL. La valeur seuil recommandepar le fabricant est de 1,5 ng/ml. Nous lavons dos parmthode radioimmunologique (SCC RIA Beads, Abbott La-boratory USA).Le Cyfra 21.1 est un marqueur srique plus rcent que leSCC. Cest un driv de cytokratine prsente dans les fila-ments du squelette cellulaire et son expression est maintenuedans les cellules cancreuses. Le Cyfra 21.1 est un fragmentcirculant de la cytokeratine 19. Le Cyfra 21.1 a dabord tpropos comme marqueur des carcinomes pidermodesbronchiques, puis du col utrin, de lsophage et en ORL.Son intrt dans le diagnostic des SCCNH a donn lieu dbat non concluant, probablement parce quil est trs diffi-cile dvaluer la valeur seuil approprie. Nous lavons dospar mthode radio-immunologique (ELSA Cyfra 21.1, CisBio International, Gif sur Yvette, France).Le premier problme rsoudre a t la dterminationdune valeur seuil de discrimination.Dans la littrature elle est trs variable oscillant entre 1 et3,6 ng/ml, fonction de la technique de dosage, de la popula-tion tmoin et de la tumeur tudie. Nous avons donc dfininotre propre valeur seuil partir dune courbe ROC enmesurant la sensibilit et la spcificit aux diffrents seuils dedilution dans une population de 78 sujets de sexe masculinsains et 77 patients porteurs de carcinome pidermodesORL. La valeur seuil optimale a t choisie dans le cadredune option de dpistage de rcidive de cancer dj diagnos-tiqu en privilgiant donc la sensibilit. Une valeur seuil de1 ng/ml a t retenue avec une bonne sensibilit de 91 % auprix dune spcificit moyenne de 52 %.Les deux marqueurs ont t doss avant tout traitement,trois mois aprs la fin du traitement puis, durant la sur-veillance tous les six mois. Tous les dosages ont t ralissen double.2.2.2. Mthodes statistiquesLes diffrents calculs statistiques : tests non paramtri-ques, courbes de survie (Kaplan Meier) ; analyse multivaria-ble (modle de Cox ) ont t raliss laide des logicielsStatview (Abacus Concepts, Berkeley USA) et SAS (SASInstitute, Cary, NC, USA).3. Rsultats3.1. Valeurs prthrapeutiquesElles ont t testes sur une cohorte de patients, atteints detumeurs non mtastatiques et non prcdemment traits(n = 248) (Tableau 2). Nous avons tout dabord vrifi laconcordance entre les deux paramtres biologiques avanttout traitement. Bien que faible elle reste significative (coef-ficient q de Spearman = 0,42, p < 0,00001).La concentration de Cyfra 21.1 est significativement plusleve chez les sujets de plus de 51 ans (p = 0,008), ce quinest pas le cas pour le SCC. linverse si le sexe ninflue passur la valeur du Cyfra 21.1, les patients de sexe fminin ontune valeur moyenne de SCC suprieure celle des sujets desexe masculin (p = 0,0013).La corrlation des deux marqueurs sriques avant traite-ment a t vrifie pour chacune des variables T, N, M etstade UICC avec chaque fois une meilleure sensibilit duCyfra 21.1.Les rsultats les plus nets sont observs si lon compareles stades (SCC p = 0,0004, Cyfra 21.1 p < 0,00001, test deKruskall Wallis) (Tableau 2).Les patients mtastatiques (n = 12) avaient des valeurs deCyfra 21.1 significativement plus leves que les autres(n = 12, p = 0,020). En revanche, nous navons pas constatde diffrences significatives chez les patients prsentantdemble une double localisation tumorale (n = 22) quel quesoit le marqueur.Nous avons aussi retrouv une corrlation pour le Cyfra21.1 avec le site tumoral, (les valeurs les plus importantestant observes pour les tumeurs du plancher de la bouche),lexistence dune poursuite volutive aprs traitement ainsique ladministration dune chimiothrapie ou dune radio-thrapie ce qui sexplique aisment par le fait que ces traite-ments sont de prfrence appliqus aux tumeurs volues.Enfin il ny a pas de diffrence significative entre les tumeurshistologiquement bien (n = 292) et peu diffrencies (n = 20).3.2. Intrt pronostique des concentrations des marqueursdoss en prthrapeutique3.2.1. Analyse univarieSur les 300 patients non mtastatiques (M-) incorporsdans cette tude, 113 sont dcds et 102 ont rechut.Quarante-huit ont prsent une rcidive locale isole (soit16 % du total), 19 un syndrome mtastatique et 12 un secondcancer. Treize fois la rcidive sest accompagne de mtasta-ses, six fois dun second cancer. Enfin trois patients ont eu undeuxime cancer avec mtastases.Pour lensemble du sous-groupe M-, la dure mdiane desuivi est de 504 jours pour le SCC et de 496 pour le Cyfra21.1. Nous avons compar les courbes de survie (Kaplan-Meier) en fonction de la valeur de chaque marqueur doseavant tout traitement. On constate que les patients qui ont unevaleur de Cyfra 21.1 infrieure la valeur seuil (1 ng/ml) ontune courbe de survie significativement meilleure (p < 0,015),ce que lon nobserve pas avec le SCC (Fig. 1). Ainsi desvaleurs faibles de Cyfra 21.1 prthrapeutiques semblentlies la survie sans rcidive.210 A. Banal et al. / Immuno-analyse & Biologie spcialise 19 (2004) 2082143.2.2. Analyse multivarieNous avons tudi en analyse multivarie la valeur pro-nostique des dosages prthrapeutiques de SCC et Cyfra21.1 en utilisant le modle de Cox. Si nous incorporonstoutes les variables numrs dans le Tableau 1 en y ajoutantles modalits thrapeutiques ainsi que les valeurs spares etcombines des deux marqueurs, seule la radiothrapie(p = 0,0075) et lassociation SCC + Cyfra 21.1 (p = 0,0020)apparaissent comme des variables indpendantes lies aupronostic (Tableau 3). Le Cyfra 21.1 seul nest significatifque si lon exclut les modalits thrapeutiques et les deuxmarqueurs combins (p = 0,007).3.3. Valeurs post-thrapeutiques3.3.1. Valeurs post-thrapeutiques et poursuite volutiveEn post-thrapeutique immdiat, les valeurs moyennesdes marqueurs sriques restent leves chez les patients enTableau 2Analyse univarie des valeurs pr-thrapeutiques de SCC et Cyfra 21.1 dans une population non mtastatiques (n = 248)n SCC ng/ml Cyfra 21.1 ng/mltendue mdiane p a n tendue mdiane p aA ge (annes) 0,48 0,017< 51 66 0,0519,00 0,71 63 0,208,60 0,705158 61 0,0512,25 0,90 59 0,1262,40 1,105967 61 0,174,80 0,95 58 0,2015,60 1,00> 67 60 0,1222,00 0,78 60 0,12110,00 1,50Sexe 0,001 0,84Masculin 212 0,0519,00 0,90 206 0,12110,00 1,05Fminin 36 0,1322,00 0,42 34 0,3062,40 0,80Taille Tumeur < 0,00001T1 + T2 98 0,054,90 0,70 0,001 96 0,1515,60 0,62T3 + T4 147 0,0522,00 1,00 141 0,12110,00 1,50Adnopathies 0,0038 < 0,00001N0 93 0,0912,25 0,72 90 0,1511,50 0,60N1 49 0,0522,00 0,68 49 0,1230,30 0,90N2 72 0,1314,90 1,10 68 0,20110,00 1,70N3 34 0,0519,00 1,24 33 0,5062,40 2,10Stade 0,0004 < 0,00001I 32 0,123,50 0,71 31 0,152,40 0,60II 41 0,093,35 0,70 40 0,205,30 0,57III 40 0,173,60 1,70 39 0,2011,50 1,00IV 133 0,0522,00 1,10 128 0,12110,00 1,70Histologie 0,22 0,49pidermode 231 0,0522,0 0,83 223 0,12110 1,0autre 17 0,093,60 0,68 17 0,5511,5 1,0Site anatomique 0,82 0,016Langue 36 0,186,80 1,00 36 0,2062,40 1,10Plancher de bouche 22 0,206,00 0,72 22 0,209,90 0,50Cavit buccale 18 0,2322,00 0,61 18 0,306,50 0,70Oropharynx 75 0,1119,00 0,80 75 0,20110,00 1,20Hypopharynx 53 0,186,73 0,74 52 0,1119,90 0,80Larynx 50 0,0514,90 0,79 50 0,128,70 1,05Autre 46 0,0512,69 0,86 46 0,1215,60 1,20volutivit 0,079 0,0003Non 190 0,0514,90 0,76 183 0,1262,40 0,90Oui 48 0,3022,00 1,05 47 0,12110,00 1,80Mtastases 0,20 0,020Non 248 0,0522,00 0,80 240 0,12110,00 1,00Oui 12 0,1012,60 1,25 12 0,6042,80 3,25a Tests de Mann-Whitney ou Kruskal-Wallis211A. Banal et al. / Immuno-analyse & Biologie spcialise 19 (2004) 208214poursuite volutive et ce de faon plus significative pour leCyfra 21.1 que pour le SCC (p = 0,0017 et p = 0,0008respectivement, Mann-Whitney U test). Ainsi la non norma-lisation du taux de Cyfra 21.1 aprs traitement nous parattre un bon marqueur de poursuite volutive.3.3.2. Lead time (avance au diagnostic)Nous avons ensuite essay de dterminer si le Cyfra21.1 pouvait tre un indicateur prdictif de rechute cest--dire de rcidive locale, mtastase ou deuxime localisation.Nous avons donc calcul le lead time (avance au diagnostic )pour chacun des deux marqueurs sachant que pour le calculeril faut remplir deux conditions : avoir une concentration demarqueur qui se soit normalise au moins une fois au coursde la surveillance, et avoir une lvation confirme aumoins trois dosages sris successifs. On calcule ensuitertrospectivement le temps coul entre le dernier prlve-ment ayant une valeur normale et le premier prlvementmontrant une lvation au-dessus de la valeur seuil.Le dlai moyen pour le SCC est de 333 jours et de261 jours pour le Cyfra 21.1, cette diffrence tant statisti-quement significative (Anova test, Fisher F, p = 0,008).3.3.3. Spcificit et sensibilit des deux marqueurssriquesUn total de 331 (SCC) et 332 (Cyfra 21.1) dosages sri-ques a t ralis en surveillance chez 174 patients indemnesde toute rcidive. Quarante-six patients (13,9 %) avaient desvaleurs leves de SCC et 105 patients (31,6 %) de Cyfra21.1. La spcificit cest--dire le pourcentage de marqueursnormaux aprs traitement chez ces patients indemnes tait de86 % pour le SCC et 68 % pour le Cyfra 21.1. Au moment deleur premire rechute, la sensibilit clinique des deux mar-queurs sriques a pu tre value chez 66 patients. La propor-tion de SCC lev (17/66, sensibilit 25,8 % ) tait significa-tivement infrieure celle de Cyfra 21.1 (43/66, sensibilit65,2 %) (v2 =19,1 p < 0,0005).4. DiscussionLintrt du Cyfra 21.1 comme facteur pronostique pr-thrapeutique des carcinomes pidermodes du poumon et delsophage est maintenant bien tabli. Bien quelles soientmoins nombreuses, diffrentes tudes confirment aussi cettenotion pour les carcinomes pidermodes de la sphre ORL.Un des principaux problmes poss en cancrologie ORL estle diagnostic prcoce des rcidives locorgionales, renduparticulirement difficile par les modifications anatomiquesgnres par les squelles thrapeutiques. Un certain nombredtudes ont t publies sur lutilisation des marqueurs SCCet Cyfra 21.1 [7,8,12,13,15,16]. notre connaissance notretude est celle qui inclut le plus grand nombre de patients.Les donnes concernant le SCC sont les plus nombreusesavec une haute spcificit prthrapeutique (> 85 %) uneforte corrlation au TNM mais cependant une sensibilit trsFig. 1. Comparaison de la survie sans rcidive en fonction de la concentra-tion prthrapeutique du Cyfra 21.1.Tableau 3Rsultats de lanalyse multivarie (modle de Cox)Modle Variable coefficient dergressionES p Catgorie HR 95 %ICA Radiothrapie exclusive 0,58560 0,24839 0,0075 non 1,00oui 1,80 1,102,92combinaison SCC et Cyfra 21.1 0,77149 0,36122 0,020 autres 1,00Valeurs basses 0,46 0,230,94B Combinaison SCC and Cyfra 21.1 0,86205 0,35897 0,0079 autres 1,00Valeurs basses 0,42 0,210,85C Cyfra 21.1 0,54764 0,24953 0,027 1,00 ng/ml 1,00> 1,00 ng/ml 1,73 1,062,82Modle A : toutes variables incluses, plus modalits thrapeutiques (chirurgie, radiothrapie, chimiothrapie). Modle B : traitements exclus. Modle C :traitements, SCC et Cyfra 21.1 m1 combins exclus de lanalyse.IC, intervalle de confiance ; HR, rapport des risques ; ES, erreur standard.212 A. Banal et al. / Immuno-analyse & Biologie spcialise 19 (2004) 208214variable au moment du diagnostic de rechute allant de 48 [15] 88 % [13].Les publications sur le Cyfra 21.1 sont moins nombreuses.Les tudes de Doweck [7] et Ho [9] montraient dj une forterelation au TNM et au stade tumoral. Pour Nagler [16] laspcificit du Cyfra 21.1 dans les cancers de la cavit buccaleatteint 87 % et la sensibilit 96 % avec 47 % des concentra-tions qui chutent deux trois semaines aprs la fin du traite-ment.Il nous est tout dabord apparu que la persistance de tauxlevs en post-thrapeutique immdiat doit faire craindre unchec thrapeutique et tout particulirement une poursuitevolutive.Nos rsultats concordent avec ces observations. En ce quiconcerne les corrlations prthrapeutiques, il ny a l mal-heureusement rien de rvolutionnaire. Les tumeurs volumi-neuses ont un mauvais pronostic et lexpression du Cyfra21.1, comme du SCC dailleurs, est directement lie auvolume tumoral mme si dans certaines tudes multifacto-rielles le Cyfra 21.1 apparat comme une variable indpen-dante. ce propos, il a t suggr linstitution systmatiquedune chimiothrapie noadjuvante (dite dinduction) chezles patients fort taux de Cyfra 21.1 initial sans que destudes aient t ralises [3].Lintrt du Cyfra 21.1 dans le dpistage des rechutesreste contest pour plusieurs raisons : la sensibilit insuffisante du marqueur, un certain nombrede tumeurs nexprimant pas le Cyfra 21.1 ( pour notre partla sensibilit tait de 65 % et ce malgr une valeur-seuilbasse). Quant la spcificit elle reste elle aussi moyenne(68 %) ; un dlai davance au diagnostic trop court expliquant undiagnostic souvent tardif de la rechute un stade tropvolu pour envisager un traitement efficace ; peut-tre faudrait-il faire des dosages de marqueurs sri-ques plus frquents, cependant il est certain que la valeurdu marqueur natteindra un seuil significatif que pour unvolume tumoral dj important.Dix patients sur les 66 qui ont rechut ont prsent unelvation asymptomatique du Cyfra 21.1 durant leur sur-veillance. cette occasion nous avons demand un examenpar tomographie au 18 FDG (PET scan). Lexamen a tralis en dtection de concidence avec fusion TDM (scan-ner). Nous avons retrouv trois secondes localisations bron-chiques qui ont t documentes, deux ont dailleurs topres, lautre irradie, une rcidive ganglionnaire profondeet deux affections bronchiques non tumorales. Quatre exa-mens dimagerie ont t ngatifs et la surveillance biologiquea ensuite montr une normalisation du marqueur biologique.Ainsi lassociation marqueurs sriques et Pet Scan nousparat avoir le plus grand intrt.Les dosages de marqueurs sriques SCC et Cyfra 21.1 nerpondent donc pas parfaitement notre attente. Dans cecontexte, dautres marqueurs biomolculaires pourraientavoir un intrt clinique : erbB-2 (HER-2) est un proto-oncogne qui fait partiedune famille de rcepteurs membranaires de facteurs decroissance cellulaire dont la surexpression est frquentedans les carcinomes pidermodes. Son domaine extracel-lulaire peut tre dos dans le srum par une mthode Elisa.Il a t particulirement tudi dans le cancer du sein, duclon et du poumon. Les rares publications concernantlORL nen font pas un bon candidat comme marqueursrique [8] ; le rcepteur du facteur de croissance pidermal EGFR(HER-1), qui fait partie de la mme famille de rcepteursde facteurs de croissance, joue certainement un rle im-portant dans la cancrogense. Il est possible de doser safraction soluble dans le srum mais il ny a pas actuelle-ment de validation par des tudes cliniques. Il y a trs peudtudes dans les cancers pidermodes du poumon, delsophage et des cancers ORL et leur utilit commemarqueur biologique de surveillance parat trs limite[20] ; la P53 est une phosphoprotine que lon trouve en petitequantit dans la cellule normale mais en grande abon-dance dans les cellules tumorales. Cela est d la muta-tion du gne P53 retrouv dans environ 60 % des tumeurshumaines. Lexpression de la P53 est principalement tu-die en immunohistochimie au moyen danticorps mono-clonaux sur les pices opratoires ou biopsies de cancersORL et sophagiens. La prsence dans le srum danti-corps anti-P53 est retrouve chez environ 20 30 % desmalades atteints dun carcinome pidermode, ces anti-corps sont absents chez les sujets normaux, ce qui confrethoriquement ce test une grande spcificit. La srolo-gie anti-P53 est effectue au moyen dun test Elisa. Cesanticorps pourraient tre un marqueur prcoce de lappa-rition du cancer. De plus, une surexpression de la P53 aumoment du diagnostic semble tre lie un mauvaispronostic et, en particulier un risque accru de rcidivelocale [2,4] ; pour terminer, on sait que la dissmination mtastatique sefait par la libration des cellules tumorales dans le sang oules lymphatiques. On est capable aujourdhui de dtecterune seule cellule cancreuse parmi des milliers de cellulesnormales et donc dtudier leur matriel gntique enparticulier, les mutations des gnes P53 ou K-ras et lins-tabilit des microsatellites. Ces tudes ont surtout tralises dans le cancer du clon, sans quil y ait pourlinstant de validation clinique. Nanmoins Nawroz etStroun ont retrouv 29 % daltration microsatellitairesdans un groupe de patients atteints de carcinomes pider-modes ORL. Ces patients taient porteurs de volumineu-ses tumeurs de mauvais pronostic [17].5. ConclusionLe Cyfra 21.1, sil prsente un certain intrt pour dpisterles poursuites volutives et les deuximes localisations, nerpond pas ce que lon attend dun marqueur efficace.Lavenir est probablement aux marqueurs biomolculaires213A. Banal et al. / Immuno-analyse & Biologie spcialise 19 (2004) 208214mais pour cela, il faudra dans un premier temps mieuxcaractriser la biologie des cellules tumorales (expression defacteurs de croissance, molcules dadhsion etc.), puis en-suite les tester avec des thrapeutiques cibles. Le marqueurbiologique correspondant sera susceptible dapporter des in-formations importantes pour le diagnostic et le choix thra-peutique et permettra le suivi des rponses thrapeutiques.Bibliographie complmentaire[1] Beck JR, Shultz EK. 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Cancer 1988;62:19328.214 A. Banal et al. / Immuno-analyse & Biologie spcialise 19 (2004) 208214Intrt du dosage srique des marqueurs Cyfra 21.1 et SCC dans le suivi des patients traits pour carcinomes de la tte et du couIntroductionPatients et mthodesPatientsMthodesDosage des marqueurs sriquesMthodes statistiquesRsultatsValeurs prthrapeutiquesIntrt pronostique des concentrations des marqueurs doss en prthrapeutiqueAnalyse univarieAnalyse multivarieValeurs post-thrapeutiquesValeurs post-thrapeutiques et poursuite volutiveLead time (avance au diagnostic)Spcificit et sensibilit des deux marqueurs sriquesDiscussionConclusionBibliographie complmentaire

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