I.2. Sémiotique : Devenir du sens - ?· Sémiotique : Devenir du sens 56 Ainsi, « dès le départ,…

  • Published on
    12-Sep-2018

  • View
    212

  • Download
    0

Transcript

  • Smiotique : Devenir du sens 54

    I.2. Smiotique : Devenir du sens

    Lempire des signes, cest la prose 129.

    La smiotique, thorie de la signification, du signe et du sens est

    la science qui tudie la vie des signes au sein de la vie sociale 130

    Elle joue, pour Barthes, le rle de catharsis, c'est--dire une autre

    manire de dire et de lire . Et comme il sagit de lire un texte

    littraire, on doit sattendre ce que tout lment y fasse signe 131

    Donc lire un texte littraire, consiste entreprendre une tche

    exploratrice la recherche de signes significatifs, nous propose G.

    Vigner, car le texte littraire est pos comme source de signes

    multiples, diffrents niveaux, quil faut reprer, relever puis

    interprter.

    Un signe est une matrialit que lon peroit avec lun ou

    plusieurs de nos sens 132

    . On peut le voir (par exemple : une

    couleur), lentendre (un cri), le sentir (un parfum), le toucher ou

    encore le goter. Ces signes perus renvoient quelque chose

    dautre, cest l leur particularit : tre l pour dsigner et signifier

    autre chose. Un signe est quelque chose, tenant lieu de quelque

    chose pour quelquun, sous quelque rapport, ou quelque titre 133

    .

    129- J. P. SARTRE, Quest ce que la littrature ? Ed. Gallimard, Paris, 1948, p.17.

    130- F. de Saussure, cit par M. JOLY, in Introduction lanalyse de limage, Ed. Nathan,

    Paris, 1993, p.25.

    131- T. ARON, note de lecture

    132- M. JOLY, Op. Cit., p.25.

    133- CH. S. PEIRCE, ibid.

  • Smiotique : Devenir du sens 55

    Pour Peirce aussi, le signe est dabord direction ; en effet, dire

    quun objet ou une situation ont un sens, cest dire quils tendent

    vers quelque chose dans la mesure o le sens dun texte sest

    rendu autonome par rapport lintention subjective de son auteur,

    la question essentielle nest plus de retrouver derrire le texte,

    lintention perdue, mais de dployer en quelque sorte devant le texte,

    le monde quil ouvre et dcouvre 134

    .

    Tout objet smiotique est considr priori comme ayant du

    sens, c'est--dire que tout lment dune culture donne est toujours

    dordre smiotique (dans notre cas, ce sont les noms, les couleurs et

    les chiffres) et quil possde ncessairement du sens . La

    smiotique sintresse tout ce qui relve de la culture, tout ce qui

    peut-tre utilis et interprt par lhomme. En ce sens tout ce qui a

    trait la culture est coextensif la smiotique 135

    .

    Le signe permet alors dancrer le texte dans son contexte (pour

    Peirce, il sagit dune smiotique en contexte) ; cest ainsi que le

    signe permet notre enracinement et nos aspirations dans leurs

    rapports nos rfrences et parce quil habite justement la

    mmoire humaine, il est garant du dveloppement de lespce

    humaine, partage aux plans scientifique, technologique et

    technique par la dialectique du ressourcement et du

    renouvellement 136

    .

    134- P. RICOEUR Rflexion faite, autobiographie intellectuelle , Article

    135- J. COURTES, Nouveaux actes smiotiques, lnonciation comme acte smiotique,

    Ed. PULIM, Universit de Limoges, 1998.

    136- F. DAHOU, Intelligence du signe en procs : pour dcoloniser notre pense ,

    Communication en plnire, Mdeas, 2005.

  • Smiotique : Devenir du sens 56

    Ainsi, ds le dpart, le sens nest plus contenu dans les mots

    puisque cest lui, au contraire, qui permet de comprendre la

    signification de chacun deux ; et lobjet littraire, quoi quil se

    ralise travers le langage, nest jamais donn dans le langage, il

    est au contraire, par nature, silence et contestation de la parole.

    Aussi les cent mille mots aligns dans un livre peuvent- tre lus un

    un sans que le sens de luvre en jaillisse, le sens nest pas la

    somme des mots, il est la totalit organique 137

    .

    Notre analyse smiotique permet de consymboliser c'est--

    dire de participer au jeu des symboles, onomastiques, chromatiques

    et numrologiques auxquels le texte nous convie mme si elle

    natteint pas la vrit dun auteur, elle suggre plutt la vrit 138

    c'est--dire que lanalyse smiotique nous met face / ct dune

    inscurit ou dune incertitude interprtative symbolique.

    137- J. P. SARTRE, Op. Cit., pp. 50- 51.

    138- Note de lecture

  • Smiotique : Devenir du sens 57

    I.2.1.La titrologie

    Le texte est un temple et le titre est son portique 139

    Pour Henry Mitterrand : il existe() autour du texte du roman,

    des lieux marqus, des balises, qui sollicitent immdiatement le

    lecteur, laide se reprer et orientent presque malgr lui, son

    activit de dcodage. Ce sont au premier rang, tous les segments du

    texte qui prsentent le roman au lecteur, le dsignent, le dnomment,

    qui portent le titre, le nom de lauteur et de lditeur, la bande

    annonce, la dernire page de couverture,bref tout ce qui dsigne

    le livre comme produit acheter, consommer, conserver en

    bibliothque, tout ce qui le situe comme sous-classe de la production

    imprime, savoir le livre, et, plus particulirement le roman. Ces

    lments () forment un discours sur le texte et, un discours sur le

    monde 140

    .

    Les lments nomms par Henry Mitterrand permettent, selon

    J.P. Goldenstein141

    , le passage du hors texte au texte qui constitue un

    des lieux stratgique de la fiction romanesque : dchir entre le

    monde rel quil est souvent cens reprsenter et ce quil propose

    objectivement aux lecteurs.

    La srie des signes inauguraux qui dterminent un vritable

    combat de lecture et qui est souvent fond sur une rhtorique

    de louverture entirement codifie , sont des lments du

    paratexte ; dsignations donnes par Grard Genette dans son

    ouvrage Seuils . La paratextualit constitue lune des formes de

    transtextualit.

    139- LUC- VAILLANCOURT, La rhtorique des titres chez Montaigne , Site Internet,

    http:// www. Fabula. Org. Le 10/ 09/ 2004.

    140 H. MITTERRAND, Les titres des romans de Guy des Cars , in Sociocritique, Ed.

    Nathan, Paris, 1979, cit in Convergences critiques, Ed. OPU, Alger, 1990, pp. 28-30.

    141-J.P. GOLDENSTEIN, Pour lire le roman, Ed. de Boeck, Bruxelles, 1985.

  • Smiotique : Devenir du sens 58

    Pour G.Genette le paratexte est : ce entre autres par qui le

    texte devient livre 142

    c'est--dire sinscrit dans linstitution

    littraire . Les lments du paratexte, nous servent de point de

    dpart pour aborder les aspects gnraux de luvre et alimentent

    une rflexion sur lensemble de luvre, livrent les cls pour

    permettre daborder et dentrer dans le vaste univers cre par

    lcrivain.

    Le paratexte, rappelons le, comprend un ensemble hybride et

    vari de signes qui prsentent, introduisent ou clturent un texte

    donn : titres, sous- titres, intertitres, prfaces, post-face, pigraphe,

    illustrations, autrement dit tout ce qui entoure le texte, qui lannonce,

    lexplique et le prdtermine.

    Ces lments paratextuels procurent au texte un entourage

    variable et parfois un commentaire, officiel ou officieux 143

    . G.

    Genette crivait aussi ce propos : je mapprte aujourdhui

    aborder un autre mode de transcendance, qui est la prsence, fort

    active autour du texte, de cet ensemble, certes htrogne de seuil et

    de sens que jappelle le paratexte : titre, sous-titre, prface, notes,

    prires dinsrer, et bien dautres entours moins visibles mais non

    moins efficaces, qui sont, pour le dire trop vite, le versant ditorial

    et pragmatique de luvre littraire et le lieu privilgi de son

    rapport au public et par lui au monde 144

    .

    Le paratexte est ce par quoi un texte se fait lire. Il entoure le

    texte en soi, se situe dans ses marges, constitue le seuil ; son effet,

    comme lexplique Grard Genette, est diabolique.

    142- G. GENETTE, Transtextualit , Magazine littraire, 1983, pp. 40-41.

    143-G.GENETTE, Seuils, Ed. du Seuil, Paris, 1987, pp. 14 15.

    144-G. GENETTE, cit par CH. ACHOUR, Op. Cit.

  • Smiotique : Devenir du sens 59

    La fonction la plus vidente du paratexte est de cautionner le

    texte quil ouvre : il rend visible et surtout lisible le texte, il ne

    sefface jamais, il est trace : trace signifiante.

    Le paratexte place le roman en situation de march et de

    communication. Cette dimension pragmatique se manifeste ds la

    couverture, il sagit pourtant, dun des lieux privilgis de la

    dimension pragmatique de luvre, c'est--dire de son action sur le

    lecteur 145

    , mais le paratexte est galement tourn vers le texte quil

    enveloppe, et avec qui il entretient des rapports de conformit ou

    de tension .

    Lappareil paratextuel donc informe le lecteur de faon non

    ngligeable, importante et participe sa faon une entre en

    littrature qui runit et permet un entrecroisement entre le code

    linguistique et le code iconique.

    Lappareil paratextuel nous propose une srie dlments et

    dobservations qui touchent autant lapprentissage des langues

    qu la culture, la civilisation et lhistoire auxquelles le texte

    appartient.

    Un lment du paratexte peut communiquer une pure information

    comme il peut vhiculer une intention ou une interprtation. Lun de

    ses lments paratextuel important est : le titre. Le titre du livre est

    un paratexte linguistique qui relve de lordre du scriptural146

    .

    145- G. GENETTE, Op. Cit.

    146-DJ. KADIK, Op. Cit., p. 304.

  • Smiotique : Devenir du sens 60

    Un livre est toujours form de deux parties : une partie courte et

    une partie longue : la partie courte, cest le titre, la partie longue,

    cest le texte. Et ce qui est essentiel, cest le rapport entre les deux,

    cest lquilibre qui se ralise entre cette partie courte et cette partie

    longue 147

    .

    Lo Hoek, envisage le titre, comme un phnomne psychosocial,

    une insertion dans la socit et lhistoricit dcouvrir lidologie

    du titre signifie en mme temps dnoncer son imposture et mettre fin

    son autorit 148

    . Et il semble toutefois quil existe des relations :

    entre les signes du texte et les objets auxquels il renvoient 149

    . Ces

    signes sont indispensables pour lexplication de texte.

    M. Hausser se demande () le titre est-il un hors texte ou la

    premire phrase du texte ? Si le titre mane de lauteur et non du

    nom du narrateur, il est ncessairement extrieur au texte 150

    . Il fait

    partie de ces segments textuels qui entourent proprement dit, le

    texte, seule enseigne du livre, il concentre autour de lui lattention

    du public et acquiert par del des qualit que lui disputaient les

    autres indications.

    Le titre est un lment autoritaire dans le texte parce quil joue un

    rle trs important : cest lui qui programme, guide et oriente. Il

    localise une lecture par rapport une autre, ouvre le texte,

    lidentifie et le dsigne, cest la partie la plus vue dans un texte ou

    dans une uvre donc la plus lue. Le titre est le nom du livre et

    comme tel, il sert le nommer.

    147- M. BUTOR, cit in Production de lintrt romanesque de CH. GRIVEL, Ed. Mouton,

    1973, p. 190.

    148- L. HOEK, Les marques du titre, dispositifs smiotiques dune pratique textuelle ,

    Ed Mouton, 1981, cit in Introduction aux tudes littraires, Ed. Duculot, Paris, 1987,

    Ibid, p. 204.

    150- J. GRACQ, Sur les titres du Gracq , actes du colloque international dAngers, 21-24

    Mai 1981, Angers, PUF. Site Internet, Op. Cit.

  • Smiotique : Devenir du sens 61

    Jusquau 19me

    sicle, on ne sintressait pas aux titres, mme si

    lappareil titulaire est connu depuis la Renaissance, on se contentait

    de donner des indications le concernant : il doit tre bref et

    surprenant. Mais depuis une priode rcente, la linguistique a pris en

    charge le titre et son analyse, elle lui reconnat mille est un rapport

    dans ltude et lanalyse textuelle et lenvisage sous quatre aspects :

    syntaxique, smantique, pragmatique et symbolique.

    Lpoque contemporaine a multipli les subtilits de

    prsentation du titre car il sadresse beaucoup plus de gens que

    dautres lments, qui par une voie ou par une autre le reoivent et le

    transmettent et par l participent sa circulation, car si luvre est

    un objet dtude, le titre est un objet de circulation : il fonctionne

    comme une affiche publicitaire.

    Une discipline de lhistoire littraire, mme si elle a rduit son

    champ ltude des titres duvres, nen connat pas moins un

    succs indiscutable depuis prs de trente ans et a pris en charge, sous

    ses ailes, ltude des titres : la titrologie.

    Lun des fondateurs de la titrologie moderne, est Lo Hoek, mais

    cest Claude Duchet qui a baptis cette petite discipline, si grande et

    active actuellement. Cest lambigut du titre littraire qui a attir

    les chercheurs en titrologie qui devient domaine trs apprci des

    tudes littraires travers dabord des lments qui ne portaient que

    sur des corpus limits : les titres des romans publis entre 1815 et

    1892 ou publi lpoque rvolutionnaire puis ltude des titres

    surralistes. Lo Hoek proposa une bibliographie de plusieurs pages

    sur le sujet.

    Mais cest Diane Desrosiers qui sest intress ltude des titres

    duvres apparues bien avant, celles auxquelles Lo Hoek sest

    intress, c'est--dire les titres duvres apparues au cours des

  • Smiotique : Devenir du sens 62

    annes 1574 1579 o apparaissait graduellement un jeu avec les

    titres et ce propos elle explique : comme le titre dun ouvrage

    suffisait attirer les regards souponneux des censeurs, lcrivain

    pouvait se contenter de prter son livre un titre anodin et peu

    conforme aux ides contenues 151

    , c'est--dire quil cr un cran

    efficace pour faire dvier lattention du moins premire vue, de

    lenjeu rel du texte et devient un titre bouclier du la crainte

    dtre censur par la monarchie ou lglise 152

    .

    Le titre permet didentifier louvrage, de dsigner son contenu et

    de le mettre en valeur. Selon Hoek, on rencontre deux classes de

    titres : subjectaux (annonant le sujet du texte) et objectaux

    (dsignant le texte en tant quobjet). Le titre, alors, rsume, assume

    le roman et en oriente la lecture.

    Quelles qualits exige t-on dun titre donn ?

    Puisque cest sur le titre que repose souvent le succs immdiat

    dune uvre : un titre accrocheur disent certains, na pas son pareil

    pour faire vendre rapidement un livre. Ambigut, figure de style,

    nigme sont autant de procds employs des fins de sduction.

    Dautres soulignent quil doit exprimer dans un bref raccourci la

    substance profonde du texte, quil soit clair, prcis 153

    .

    151- D. DESROSIER BONIN, La dissimulation et ses manifestations ou stratgiques

    dans luvre de Rabelais , univ de Montral, 1983, p .66.

    152- Ibid.

    153-CH. MONCELET, Essais sur le titre en littrature, et dans les arts, Aubire, Bof, 1976

    p.6.

  • Smiotique : Devenir du sens 63

    Un livre doit avoir un joli titre dit-on, car un beau titre

    enchante loreille. Pour tout crivain, le titre doit avoir une qualit

    littraire et musicale. Littraire, il doit annoncer luvre et la

    rsumer, musicale, selon Stendhal154

    , le titre par sa phonie, constitue

    une sorte de prlude la symphonie et invite lme du lecteur

    rver, car travers, un joli titre , lcrivain peut trouver

    loccasion dexprimer une motion, il va parler au cur, toucher

    lme, chercher chez le lecteur des sentiments plus profonds, et

    passer un message sadressant au ct intellectuel et crbral en

    entranant des associations dides que mmoire et imagination vont

    prsenter lesprit. Emotion et message vont se dvelopper par

    luvre ainsi annonce.

    Cest travers le titre que se dessine une certaine conception du

    roman : le titre est la fois partie dun ensemble et tiquette de

    cet ensemble. Cest un aimant qui est la fois stimulateur et

    dbut dassouvissement de la curiosit du lecteur.

    Titre et roman sont en troite relation et se complte : lun

    annonce, lautre explique et dveloppe un nonc 155

    . On peut

    dire que le titre ne peut exister indpendamment du texte quil

    dsigne : le titre appelle le texte, tout en tant texte lui-mme ou du

    moins fonctionne comme la synecdoque dun co-texte. Il peut

    tre considr comme un microcosme dun macrocosme ou

    comme partie reprsentant le tout.

    154- R. SERVOISE, la musicalit des titres chez Stendhal , Site Internet http://www. Fabula.

    Org. Le 10/ 09/ 2004.

    155- J. P. GOLDENSTEIN, Op. Cit., p. 68.

    http://www/

  • Smiotique : Devenir du sens 64

    Comme le titre est le nom de luvre, il peut en dsigner le

    contenu ou en dnoter la forme donc il annonce le roman et le cache

    la fois : il doit trouver un quilibre entre les lois du march et le

    vouloir dire de lcrivain 156

    . Claude Duchet dit ce propos : le

    titre du roman est un message cod en situation de march : il

    rsulte de la rencontre dun nonc romanesque et dun nonc

    publicitaire, en lui se croisent ncessairement littrarit et socialit,

    il parle luvre en terme de discours social mais le discours social

    en terme de roman 157

    .

    Le titre dune uvre constitue une partie restreinte, mais non

    ngligeable du texte, il est charg de prdire le rcit venir. Il

    devrait accrocher et attirer lattention du lecteur.

    Le titre signe et dsigne luvre dans son unicit. Il est

    dpendant du texte quil dsigne ; il dsigne lobjet textuel : il

    ressemble par l une tiquette ou nom propre158

    , il anticipe sur le

    contenu du texte et peut suggrer le genre : le titre est un micro

    texte qui remplit une triple fonction : il dfinit, il voque, il

    valorise 159

    .

    (Le titre) voque et informe sur le contenu du texte qui le

    suit : en se sens, on peut parler dune fonction cataphorique 160

    .

    Il constitue un vrai interprtant du thme du texte. En tant quunit

    phrastique grammaticale ou agrammaticale , le titre vhicule

    aussi un sens plus ou moins en conformit avec le signifi du texte

    dont il constitue en quelque sorte lemblme .

    156- Ibid, pp. 68- 71.

    157- C. DUCHET, La titrologie, cit in Introduction aux tudes littraires, Op. Cit.

    158- DJ. KADIC, Op. Cit. P.306.

    159- CH. GRIVEL, cit par D. KADIK, ibid, p. 305.

    160- J. M. ADAM, Pour lire le pome, Ed. Duculot / de Boeck, Paris / Bruxelles, 1992, p.

    34. Cit par DJ. KADIK, Op. Cit., p. 306.

  • Smiotique : Devenir du sens 65

    Le titre peut-tre envisag comme tout autre message

    linguistique dans ses rapports syntaxiques, grammaticaux,

    smantiques, syntagmatiques, paradigmatiques et mme

    idologiques avec son co- texte et avec le monde. Cela nous rappelle

    les interrogations de Marie Thiesse qui se demande pourquoi le titre

    fonctionne la faon dun vritable marqueur cod socialement

    significatif et de Barthes qui rappelle dans S/Z que le titre est un

    fragment didologie .

    Certains chercheurs portent un intrt particulier pour les titres

    littraires, plus prcisment les titres romanesques car ces derniers

    vhiculent toute une symbolique donc une varit dinterprtations

    comme le souligne Ch. Grivel : le titre grce lui, nous passerons

    prsent un niveau dinterprtation smantico idologique 161

    .

    Cette ambigut littraire dans les titres dj cite, par lintrt

    quelle a suscit chez les chercheurs pour la titrologie est

    suffisamment profonde et riche pour que les difficults quelle

    oppose aux lecteurs se muent en programme de lecture : le titre

    invite bien des hypothses interprtatives, on retrouve l le titre qui

    embrouille les ides selon Umberto Eco. Lambigut fondement

    de tout titre, est que lon ne sait pas sil parle du livre ou ce quil

    raconte du signifi ou du signifiant. Ces ambiguts conduisent

    souvent le lecteur travers une succession de leurres .

    Que dsigne, en effet, cet nonc liminaire qui ouvre (ou

    interdit parfois) la lecture ?

    161-CH. GRIVEL, cit par J. M. ADAM, Op. Cit., p.34.

  • Smiotique : Devenir du sens 66

    Comme un entremetteur entre le lecteur, le texte et son auteur et

    au nom de ce dernier, le titre dit et annonce aux lecteurs : voici ce

    dont il sera question. Dexprience, le lecteur fait confiance au titre

    pour lorienter vers ce qui devrait tre lessentiel.

    Le titre promet donc savoir et plaisir, il est allusif , il ne

    dvoile pas tout, il oriente et programme lacte de lecture : cest une

    nigme pose au texte (ou aux lecteurs) que le texte peut dvoiler

    ds les premiers mots, tout comme il peut en diffrer la solution, ou

    la garder pour la fin ; il peut en outre, ne jamais la dvoiler, et elle

    serait alors chercher partir de la lecture de tout le texte, ou en

    rfrence des titres similaires ; par ailleurs, il arrive que le titre ne

    retrouve sa pleine signification qu lautre bout du texte. Michel

    Hausser dit : avant le texte, il y a le titre, aprs le texte, il demeure

    le titre 162

    .

    Outre son ct dnotatif, et parce quil joue avec le langage, le

    titre possde galement un caractre connotatif, il en rsulte parfois

    que celui-ci informe luvre et lui confre un (ou plusieurs) sens qui

    ne saurait tre le mme si le titre tait diffrent parce quil dsigne

    gnralement lobjet de son co-texte, il oriente dembl la lecture, en

    dtermine lenjeu- rel ou fictif . Claude Duchet remarque : par

    ncessit, mme sil slectionne son public, ou cherche de nouveaux

    lecteurs, le titre de roman sadapte une demande moyenne, tient

    compte de lindice culturel du genre pour adopter sa stratgie,

    vhicule et consolide, contraint et interdit, exploite et transmet des

    formes hrites 163

    .

    162- M. HAUSSER, cit par M. DELACROIX, F. HALLYN, Op. Cit.

    163-C. DUCHET, Ibid, p. 205.

  • Smiotique : Devenir du sens 67

    Le titre est comme le message publicitaire, il peut circuler

    librement au sein de la vie sociale. Il runit et remplit trois fonctions

    essentielles :

    1)-La fonction dinformer : cest la fonction rfrentielle.

    2)-La fonction dimpliquer : cest la fonction conative

    3)-La fonction potique : qui permet de susciter lintrt ou

    ladmiration.

    Charles Grivel quant lui propose les fonctions du titre

    suivantes :

    1)-Identifier luvre.

    2)-Dsigner son contenu.

    3)-La mettre en valeur (sduction du public).

    Fonctions que Lo Hoek intgre sa dfinition du

    titre ensemble de signes linguistiques () qui peuvent figurer en

    tte dun texte pour le dsigner, pour en indiquer le contenu global

    et pour allcher le public vis 164

    . Comme, les divergences

    thoriques sont nombreuses mme en titrologie, on sentend

    attribuer lappareil titulaire au moins quatre fonctions autres que

    celles dj cites :

    1)-une fonction identificationnelle : le titre sert identifier

    luvre dans son individualit. Pour Lo Hoek, cette fonction, nest

    autre que la fonction rfrentielle, qui est pour Charles Grivel la

    fonction appellative ou carte de route du texte . Barthes et

    Bokobsa quant eux prfrent parler de fonction dictique .

    163- L. HOEK, Ibid, p. 208.

  • Smiotique : Devenir du sens 68

    Le titre ne renvoie pas un rfrent quil semblerait dnoter, il

    renvoie au livre qui porte ces mots comme titre et le montre en tant

    que marchandise 165

    . Pour Grard Genette : le titre, cest bien

    connu, cest le nom du livre 166

    , donc le titre constitue une

    incitation la lecture.

    2)-Une fonction illocutoire : le texte signifie quelque chose en

    soi ( travers sa relation avec le texte).

    3)-Une fonction perlocutoire : le titre tend agir sur le lecteur,

    cest son emploi proprement rhtorique (cette fonction a remplac

    en quelque sorte la fonction potique, gnralement admise par les

    titrologues).

    4)-Une fonction contractuelle : le titre est un engagement qui

    unit lauteur son lecteur. Selon Barthes, le titre doit remplir

    plusieurs autres fonctions en plus de celles dj cites :

    a)-une fonction apritive : ou il doit appter, veiller lintrt.

    b)-une fonction abrviative : il doit rsumer, annoncer le

    contenu sans le dvoiler totalement.

    c)-une fonction distinctive : il singularise le texte quil annonce,

    le distingue des autres ouvrages.

    Des tudes ont tendance privilgier souvent la fonction

    conative du titre, dirige vers le destinataire et la fonction potique

    centre sur le message du titre car la fonction conative ou

    publicitaire est une fonction qui suppose lensemble des indications

    de la premire page (sous titre- illustration, collection, diteur,

    auteur). Ces lments engendrent tout un rseau de signification,

    selon G. Vigner167.

    165- R. BARTHES, BOKOBSA, Ibid.

    166-G. GENETTE, Op. Cit.

    167- G. VIGNER, une unit discursive restreinte : le titre , le Franais dans le monde, Oct.

    1980, pp. 30-40.

  • Smiotique : Devenir du sens 69

    Dans le rgime actuel, c'est--dire dans ldition moderne, le titre

    a quatre emplacements presque obligatoires et passablement

    redondants : premire de couverture, le dos de couverture, la page de

    titre et la page de faux titre qui ne comporte en principe que lui.

  • Smiotique : Devenir du sens 70

    I.2.2. ONOMASTIQUE

    Evidemment, en un sens, cela est drisoire : quy a-t-il de

    commun entre mon nom, et moi- mme ? Mon nom au fond, ne mest

    rien, mais dun autre ct, que suis-je sans mon nom ? Quest- ce

    quexister ? Porter un nom. Quest ce que mourir ? Ntre plus

    quun nom. 168.

    Lonomastique donne lire tout ce que le discours

    explicite ignore et/ou omet et/ou refuse de dire. Ltude des noms

    de lieux et de personnes constitue une partie de lonomastique ou

    science des noms propres mais pour Brunot169

    , lonomastique est

    rduite aux noms de personnes. Marouzeau170

    quant lui, rattache

    ltude des noms de personnes lanthroponymie (du grec

    anthropos : homme et onome : nom) et la toponymie,

    ltude des noms de lieux (du grec topos : lieu et onome :

    nom). Donc lanthroponymie soccupe des prnoms, noms de famille

    et pseudonymes.

    Lonomastique en tant que science, est de date rcente ; on

    ne sait quelle partie de la linguistique la rattacher, car elle a un

    rapport avec tous les aspects de la linguistique. Elle a aussi quelque

    rapport avec les racines de lhomme. Notre poque a redcouvert

    pour lhomme la ncessit de se retremper aux sources, par ailleurs

    curiosit du public se tourne vers le mystre

    168-THERON.M, Russir le commentaire stylistique, ellipses, Ed. Marketing, paris, 1992, p.21.

    169-Dans la pense et la langue, cit in les noms de lieux et de personnes, Ed. Nathan universit,

    Paris, 1982, p.20.

    170-Lexique de la terminologie linguistique, ibid.

  • Smiotique : Devenir du sens 71

    Certaines recherches ont ajout ltude des noms proprement

    dite, des connaissances historiques puises aux meilleures sources.

    Lonomastique est une science objective, qui nous apprend intgrer

    lhistoire dans ce que nous sommes, elle nous apprend que notre

    prsent est fait de notre pass et que notre pass sest accommod

    avec notre prsent c'est--dire que notre prsent doit admettre et

    respecter notre pass tout comme notre pass doit accepter et

    sintgrer notre prsent.

    Cette science sattache au concret le plus troit, ce qui permet

    daffirmer sous cet aspect que lonomastique est certainement une

    des sciences humaines les plus humaines, ce qui explique le got que

    manifeste pour elle le grand public. Qui explique lautre ? Est- il

    possible dexpliquer lhistoire par lonomastique ou lonomastique

    par lhistoire ? Lonomastique est en troite relation avec lhistoire

    mais elle nest pas une science historique. Elle est aussi en rapport

    troit avec la sociologie car lusage des noms propres tant rarement

    gratuit lgard de la socit : les causes qui font natre tel ou tel

    toponyme sont toujours les causes sociales, et par consquent

    historique : le nom surgit de la socit pour la socit.

    Mme situe dans la synchronie en gnral, lonomastique

    plonge dans la diachronie, dans la suite de lhistoire des noms.

    Beaucoup de chercheurs voient dans les noms propres des signes

    plus significatifs que les autres signes de la langue comme le

    souligne bien Barthes : Le nom, prince des signifiants .

    Le nom propre rsiste particulirement au dchiffrement, de l

    nat le besoin de jouer avec lui. Baudelaire reconnat la majest

    substantielle du nom propre qui ait t non seulement revtu de

  • Smiotique : Devenir du sens 72

    chair, mais parcouru dun sang vital et anim de souffle la fois

    mystrieux et porteur de clarts illuminantes .

    Cest lonomastique littraire qui use le plus de noms propres

    de personnes et de lieux. Le rle de ces noms va dun emploi

    symbolique un emploi raliste. Le nom- cl est mi-chemin du

    symbolisme et du rel.

    Ltude et lexplication des noms propres de lieux et de

    personnes fait partie de ltymologie. Celle-ci a t conue par les

    grecs comme : une tude de la nature des choses par

    linterprtation du langage 171.

    Ce qui avait pouss Platon

    rechercher la nature profonde et vritable des choses et des tres

    dans le mot.

    Cest au 18me

    sicle que commencrent les premiers principes

    dune recherche sur lonomastique et en gnral sur ltymologie.

    Cest avec le Prsident De Brosses, que lont voit lonomastique

    sengager vers les voies de la grammaire historique. Il montre

    limportance de ltude des noms tout particulirement des noms de

    lieux quil situe au premier plan de la recherche tymologique

    (dautres plus connus lpoque se sont intresss cette science

    comme Falconet et Frret).

    Au 19me

    sicle, ltude des noms de lieux suscite un certain

    nombre de travaux avec Auguste le Prvt qui publie son

    dictionnaire des anciens noms de lieux du dpartement de lEure

    et cest grce au livre de Houz qui parut en 1864 Etude sur la

    signification des noms de lieux de France que lon arrive des

    rsultats tonnants.

    171- Dans la pense et la langue, Op. Cit., p.20.

  • Smiotique : Devenir du sens 73

    Dautres ouvrages ont trait de Toponymie dauteurs tels : Jules

    Quicherat et Adolphe Pictet.

    Les tudes anthroponymiques quant elles nont pas connu un

    essor aussi grand que celles de la toponymie. Et cest avec Albert

    Dauzat dans Noms de familles de France publi chez Delagrave,

    en 1924, que cette science sort de ltat embryonnaire en essayant de

    complter danciens travaux commencs par les prcurseurs

    suivants : Maribon (1681), Salverte ( 1824), Mourain de Sourdeval

    (1837), De la Plane (1843), Sabatier (1875) , Ritter ( noms de

    familles en 1875) et enfin avec Franklin qui avait commenc un

    dbut de mthode avec son dictionnaire des noms, surnoms et

    pseudonymes en latin au Moyen ge.

    En sintressant aux noms de personnes, le professeur Giry

    lcole des Chartes explique : ces noms forment un des lments

    constitutifs de la teneur des actes .

    Avec Dauzat, les recherches onomastiques deviennent

    laffaire des linguistes et des philosophes. Et le fait le plus

    important, cest que la toponymie et lanthroponymie demandent

    laide de lhistoire. Pour Dauzat, la toponymie est un chapitre

    prcieux de la psychologie sociale 172

    car les dsignations de

    lieux et de lenvironnement sont de prcieuses informations pour

    comprendre lme dun peuple, ses sentiments, ses prfrences et ses

    choix. En mme temps, les lieux de cultes et leurs dnominations

    sont en relation avec les migrations des peuples, les diffrentes et

    nombreuses conqutes, les librations et lhistoire des civilisations,

    donc avec lhistoire des langues.

    172- DAUZAT, Op. Cit., PP. 39-43.

  • Smiotique : Devenir du sens 74

    Les noms de personnes publis chez Delagrave, donnrent

    un premier lan aux futures recherches anthroponymiques : il y eut

    en effet le premier congrs international de toponymie et

    danthroponymie qui tmoignera de lintrt port aux noms de

    personnes avec les communications de Grammont, Jean Roy,

    Michaelsson (ce dernier peut-tre considr comme le pionnier avec

    Dauzat).

    Plus tard, M.Correy et A. Bergh, disciples respectifs de Dauzat

    et Michaelsson devaient prsenter eux aussi des travaux intressants.

    Dauzat a donn des considrations fort intressantes sur les moyens

    dont dispose lanthroponymie, il convient selon lui de rechercher des

    formes anciennes pour permettre lexplication des noms, et de

    rechercher aussi la filire gnalogique ; quand cette dernire est

    absente, il faut utiliser la filire historique, qui pour les noms usuels,

    peut se rvler suffisante, mais si lon ne peut avoir recours cette

    filire, il faut alors procder par comparaison : en regroupant les

    mots analogues par la formation ou par le sens et en recherchant les

    prototypes possibles dans les documents et les poques

    antrieures 173

    . On tchera alors de localiser le nom dont on

    recherche lexplication et de le catgoriser c'est--dire de dterminer

    la classe smantique laquelle il appartient.

    Malgr limportance de cette science, les travaux

    danthroponymie demeurent rares et cest dans les revues quil faut

    surtout aller chercher les tudes de dtails. La seule revue en France

    qui traitait uniquement donomastique tait la revue internationale

    donomastique .

    173- Ibid.

  • Smiotique : Devenir du sens 75

    Lintrt de ces travaux anthroponymiques est loin dtre

    ngligeable, cest leur nombre qui reste trop restreint. Des travaux

    plus larges existent nanmoins ceux de Harry Jakobson, Francis

    Gourvil.etcmais, cest Marie Thrse Morlet qui a fait de

    lanthroponymie son domaine dtude auquel, elle a beaucoup

    apport. M. F. Berganton donne quelques prcisions

    terminologiques : le nom tel quil faut lentendre pour cette

    poque, correspond notre actuel prnom, au Moyen ge lui seul

    importait174

    .

    Ce sont les Gaulois qui ont fait entrer le nouveau systme

    anthroponymique acquis des Latins. Cest le systme des trois

    noms, utilis actuellement : Prnom, nom de famille et surnom.

    Les noms de personnes, comme les noms de lieux reprsentent

    ce que les gologues appellent des faits de stratifications c'est--

    dire des noms appartenant aux diffrentes couches sociales,

    militaires, religieuses ou linguistiques travers lesquelles lhistoire

    est passe.

    Selon Camille Julian, lanthroponymie rvle des faits de

    croyances, des faits de coutumes, elle se lie des questions de temps

    (le nom peut indiquer le mois de naissance ou le jour de la semaine),

    elle se lie aussi des questions de lieux. Les noms peuvent rvler

    laspect de lenfant naissant et ils peuvent aussi faire pressentir la

    qualit matresse souhaite aux enfants par leurs parents (mais le

    sens initial des noms est perdu, on les transmet par tradition sans

    comprendre le sens initial).175

    174- M.F. BERGANTON, ibid, p. 81.

    175- C JULLIAN, lAnthroponymie gallo- romaine, ibid, pp. 128- 129.

  • Smiotique : Devenir du sens 76

    A lhistorien aussi bien quau linguiste, lanthroponymie

    apporte des enseignements multiples : sur la psychologie populaire

    et les modes dexpressions linguistiques quelle utilise. Elle donne

    les catgories auxquelles lhomme fait appel pour se nommer et

    nommer ses semblables.

    Cest sur ordonnance de Franois 1er

    (en France) que lon fixa

    les noms de famille sur le territoire : la transformation de lancien

    nom de baptme en simple prnom et la transformation du surnom

    en nom de famille. Le nom de famille tant fix par son caractre

    hrditaire, il tait ncessaire dans le nouveau systme de choisir un

    ou plusieurs prnoms. Pour viter justement de choisir des prnoms

    jugs peu convenable dans une socit lpoque christianise,

    lEglise recommanda lemploi des noms de Saints ; les protestants

    eux utilisrent comme prnoms des noms bibliques.

    La rvolution, ensuite, proposa un choix radicalement diffrent

    de celui de lEglise et lon adopta alors comme prnom, les

    nouveaux noms qui dsignaient les jours, les mtiers.

    Puis les modes se succdrent et on reprit quelques noms du

    Moyen ge tirs de nom de fleurs, on construit des prnoms

    fminins partir de noms masculins. Le choix du prnom donc a t

    influenc par des modes et des usages divers : la clbrit dun

    personnage dans un domaine populaire, vedette de cinma,

    champion de sport, politicien.

    Le domaine du prnom est soumis non seulement aux modes qui

    changent vite mais galement un rseau fort de tendances

    affectives et de sentiments divers.

    Les noms de personnes se rpartissent du point de vue de leur

    origine en quatre catgories :

  • Smiotique : Devenir du sens 77

    a)-Les anciens noms de baptme

    b)-Les noms dorigine

    c)-Les noms de professions

    d)-Les sobriquets

    En plus des classements des anthroponymes selon les dialectes

    et selon la psychologie, Paul Lebel, ajoute un classement

    grammatical : pour lui, les noms tels que nous les connaissons

    aujourdhui, se prsentent, du point de vue de leur forme, de trois

    manires :

    1)-Les noms simples : pouvant tre soit des noms

    propres, soit des noms communs accompagns ou pas dun

    complment, dun dterminant. Exemple : Davignon,

    Legrand, De pierre.

    2)-Les drivs sont forms laide dun suffixe

    hypocoristique 176

    , exemples : poupon, nana, fifille qui

    affectent le nom de baptme (colin pour Nicolas).

    3)-Les noms composs se prsentant sous des formes

    varies (Gros pierre, Bon fils) qui sont forms dun

    qualificatif qui complte le nom de baptme.

    Les noms de baptme sont les plus utiliss dans les noms de

    familles europennes actuelles, ils se divisent en deux catgories :

    les noms germaniques et les noms bibliques et chrtiens. Les noms

    dorigine sont des noms qui rappellent le lieu de provenance dun

    individu, ils renvoient un pays, une rgion ou une localit.

    176- Diminutif qui exprime une intention affectueuse

  • Smiotique : Devenir du sens 78

    Les noms darbres et de plante, tiennent une place trs grande dans

    les dsignations. Certains noms se rapportaient aux mtiers exercs,

    dautres sont donns pour des particularits anatomiques (Lebrun,

    Le petit, Lejeune..) ; ces particularits anatomiques sajoutent

    celles qui concernent les habitudes, les caractres des individus et les

    diverses apprciations portes sur eux par les autres (Legentil,

    Ledoux) et noublions pas labondante catgorie des noms

    danimaux (Leboeuf, Leloup).

    Lanthroponymie comme la toponymie laquelle elle

    ressemble, mrite sa place dans la vie scientifique auxiliaire de

    lhistoire car lonomastique est une science carrefour entre lhistoire,

    la gographie, la psychologie, la linguistique, lanthropologie voire

    mme la politique. La toponymie ne peut ignorer lanthroponymie

    en raison du grand nombre de noms de personnes inclus dans les

    noms de lieux.

    Notre tude doit traiter du nom tel quil est peru dans la

    civilisation Arabe islamique, de sa signification, de son usage car le

    nom est significatif, il rvle sous forme pjore ce quil refoule et

    donne au texte une puissance symbolique exceptionnelle dans

    lordre de lhistoire daltrit : Le nom est un signe didentit.

    Nous allons dmontrer dans notre tude que les noms retenus

    par notre auteur sont des noms ayant et exprimant un sens prcis.

    Ces noms sont une connaissance et dsignation de ltre, ils

    reprsentent lidentit arabe traditionnelle, ainsi que lmergence

    dune identit moderne nanmoins tous renvoient la civilisation

    islamique qui constitue la toile de fond de luvre.

    Le Coran relate que lorsque Dieu voulut charger Adam

    dtre son reprsentant, son calife sur la terre, (Inni jailoun fil ardi

    khalifa) Sourate El Bakara il lui enseigna le nom de toutes les

  • Smiotique : Devenir du sens 79

    crations [Allama adama al asmaa kullaha] (Sourate El Bakara), et

    du fait de cette connaissance ainsi confre lhomme, Dieu prouva

    aux anges sa suprmatie sur eux.

    Pourquoi le nom dAdam ? Et quels sont les noms qui ont

    t appris par Adam ?

    Selon Ibn Achour, le nom dAdam vient de AdimuAl

    ardhi cest dire la terre ainsi Adam porte le nom de la

    matire avec laquelle il a t faonn et cre. Toujours, selon Ibn

    Achour les premiers noms appris ont t ceux des espces animales,

    vgtales, des matires, des astres, tout ce que Adam pouvait voir, Il

    yavait aussi Eve, Iblis, les arbres et les fruits. Le pre de lhumanit

    devait disposer de noms pour traiter et communiquer avec ce qui

    lentourait, cest comme si, pour quil y ait succession, il fallait quil

    y ait transmission du savoir.

    Pour la sunna et selon un hadith du prophte Mohamed (que le

    salut soit sur lui) tout nouveau n est tributaire de sa aquiqa

    (Sacrifice) qui lui est sacrifi le 7eme

    jour (gnralement un mouton)

    de sa coupe de cheveux et de sa nomination.

    Kullu mawlidin rahinatun bi aqiqatihi, tudbahu anhou yawma

    sabii, wa yahlak, wa yusamaa . Selon un 2me

    hadith, La

    prnomination est un droit que lenfant a sur ses parents.

    Min haki el waladi ala walidihi an yuhsina ismahou, wa youhsina

    mawdia hou, wa yuhsina aadabouhou .

    Le prophte conseillait les isms positifs (Abd Allah / Abd-

    El Rahman) et dconseillait les isms ngatifs car il tait sensible

    la dimension smantique des prnoms et nhsitait pas changer

    certains dentre eux.

    Ds le dbut de lislamisation, lattitude du prophte t

    dintervenir directement au niveau du choix du ism pour

  • Smiotique : Devenir du sens 80

    nommer les nouveaux ns ou renommer les nouveaux convertis. Le

    choix du ism devait rpondre deux principes :

    1-La structure du nom ; le prophte disait ce propos : Si

    vous donnez des noms que ce soit des isms composs avec Abd

    2-Laspect purement esthtique, les plus beaux noms sont

    ceux qui contiennent les notions de louanges et dadoration. A ce

    propos, le prophte disait : Au jour, de la rsurrection, vous serez

    appels par votre nom et celui de vos parents, prenez des noms

    gracieux [Abou Daoud] [Idh sum maytoum fa abdiou]

    Au temps du prophte, lors de la naissance, on prononait

    loreille du nouveau n les paroles de lAdhan pour que le

    premier nom quil entende soit celui de Dieu et pour linviter la

    religion. Ce nest que quelques jours plus tard quon lui donnait son

    prnom. (De nos jours le prnom est choisi avant la naissance du

    bb).

    Le prophte montra en maintes occasions limportance quil

    accordait la signification des noms quil sagisse de noms des

    personnes, de peuples ou de lieux, il leur reconnaissait la facult

    dexercer sur le nomm une influence positive ou ngative selon

    leurs sens. Une fois empruntant un passage entre deux montagnes,

    il senquit du nom, de ses lieux ; leur appellation de mauvais augure

    lui dplut, il changea de route.

    Commentant cette influence du nom, le Cheikh Ahmed El

    Alaoui (en 1934) donne une explication simple et frappante :

    Chaque nom possde une influence qui sattache lme de celui

    qui le prononce () si, par exemple, un homme rpte plusieurs fois

    le mot mort , il ressentira en son me une impression due la

    mention de ce mot surtout s il persiste en celle-ci, et il nest pas

    douteux que cette impression sera diffrente de celle que lon

  • Smiotique : Devenir du sens 81

    prouve en prononant les mots richesse gloire () toute

    homme normalement sensible sera conscient de linfluence que peut

    avoir sur son me le nom quil prononce .

    Aicha, la femme du prophte disait : Le prophte changeait

    tout prnom laid . [Tirmidi].

    Lclosion dune vritable fraternit entre croyants ainsi que la

    diffusion dun esprit communautaire ne pouvait avoir lieu sans

    rformer certains traits de socit peu conformes lidal islamique.

    En changeant les prnoms laids, le prophte cherchait redresser les

    murs de son peuple : je nai t envoy que pour parfaire les

    nobles caractres (LImam Malek). Il va sans dire que tout prnom

    dont le sens est laid ou vil est proscrit par lIslam. LIslam prne la

    beaut du prnom.

    A un homme qui questionnait le prophte au sujet des droits de

    son enfant, le prophte rpondit : Donne lui un beau prnom, une

    bonne ducation et tablis les de faon convenable .

    Les premires tudes sur les noms en milieu Musulman ont vu

    le jour au VI sicle de lHgire (XII sicle aprs J C). A cette poque

    les historiens et biographes du Machrek (Moyen Orient) se sont mis

    recenser lensemble des informations qui leur sont parvenues pour

    reconstituer lhistoire de lIslam depuis ses dbuts. Cette poque

    correspond lpoque des Mamlouks (Mamaliks). Ils se sont

    essentiellement bass sur ltude des traditions du prophte et des

    Hadiths. Les grammairiens Arabes saccordent reconnatre deux

    tymologies possibles au terme ism .

    Selon la 1re

    , ce mot viendrait de la racine SMW () qui signifie

    tre haut, slever. Selon cette tymologie, le nom est considr sous

    son aspect principal cleste : il dsignerait alors la ralit

    essentielle du nomm.

  • Smiotique : Devenir du sens 82

    Selon la seconde tymologie, ism viendrait de WSM ( ),

    qui signifie mettre une marque ou un signe sur quelque chose,

    dfinir, avoir un beau visage (wassim), cest laspect formel du nom

    qui serait envisag ici, et qui dfinirait la ralit manifeste du

    nomm.

    Ces deux tymologies complmentaires mettent en lumire la

    double dimension de ltre :

    -La premire relve de lessence

    -La deuxime relve de lapparence

    Donc le terme ism dpasse le cadre de la simple appellation.

    Lors de certaines investigations psychologiques en clinique infantile

    ou adulte, des chercheurs tunisiens ont t intrigus dune part par la

    valeur smantique de la nomination ; mais surtout par une certaine

    association quasi-permanente entre prnom et nom de famille et le

    tableau clinique du sujet qui consulte .Cest alors quils se sont

    rappels que ce nest pas par hasard que les Daggazas (Gazanates)

    ou les Meddebs (Talebs ) demandent le prnom du sujet et celui de

    sa mre en particulier car ils savrent pertinemment quil y a une

    relation directe entre prnom et personne

    Ils ont alors dcid danalyser ce phnomne afin de mieux

    comprendre ltat clinique du sujet et de mieux le situer par rapport

    la dimension culturelle

    Pour cela, on recourt la science des noms quest lonomastique

    ou lanthroponymie qui offre un grand intrt psychologique, social,

    voire mme historique. Lusage de cette science dans notre tude

    exprime notre intrt grandissant car elle reflte un des aspects

    sociolinguistiques du Maghreb.

    A travers une lecture historique de ce phnomne, on apprend

    que le prnom maghrbin, a un fond traditionnel et une histoire trs

  • Smiotique : Devenir du sens 83

    ancienne : ce fond est la fois berbre, nord africain et arabe,

    musulman, hbraque et chrtien.

    Cet hritage onomastique a t souvent enrichi par lapport de

    linfluence trangre, rsultat des nombreuses conqutes, notamment

    turques, andalouses et romaines. Les prnoms maghrbins illustrent

    donc dune manire parfaite ce carrefour dynamique de races et de

    peuples qui a marqu ces pays.

    Notre tude du prnom est dordre smantique : la recherche du

    sens et de signification, concerne seulement ltude du prnom

    pour deux raisons : la premire est la plus importante : cest que

    dans notre roman, la prsence du nom est inexistante, la raison

    de cette absence est que le statut de patronyme de ltat civil, si chri

    par Philippe Lejeune et Genette est remis en question en premier lieu

    par Kateb Yacine dans le roman Nedjma qui questionne

    lidentit. En offrant ainsi une nouvelle identit qui ne privilgie pas

    ce qui est propre lidentit. Dans un second lieu, par Aicha

    Lemsine qui remplace le nom de famille par une succession de

    prnoms dans La chrysalide roman, travers lequel le prnom

    est privilgi, on peut dire que cest une contestation contre le droit

    du colonialisme dinscrire le nom de lindividu dans sa juridiction

    car le nom de famille ainsi fix arbitrairement est gnralement tir

    dun surnom pjoratif dans bons nombres de cas et emprunt au

    systme occidental (colonial).

    Fatiha Dib, note que le nom de famille avait beaucoup

    dimportance en Algrie et que ceci tait en grande partie le rsultat

    Des pressions de ladministration Franaise. Ne pas utiliser de noms

    de familles dans notre roman nest pas gratuit. Dans Nedjma

    comme dans la Chrysalide , cest le prnom qui est mis en avant.

  • Smiotique : Devenir du sens 84

    Le nom semble trop troitement li aux successions filiales, trop

    associ aux stratgies coloniales dployes au nom de ltat civil.

    Nedjma , comme bien dautres textes francophones

    notamment La chrysalide (dans la prcision du choix du

    prnom), prennent forme travers des stratgies dcriture qui

    drangent les notions europennes du genre, et, par consquent,

    chappent lquation du nom, celui de ltat civil et de

    lidentit. La deuxime raison est que dans lusage arabe islamique

    et au sein de la socit arabe traditionnelle, chaque individu est

    distingu par un ensemble de qualificatifs qui dterminent trs

    prcisment son identit.

    Le respect de la filiation Arabe, cest autant pour prserver ses

    origines que pour sauvegarder son statut personnel, ce respect

    participe la notion dintgrit de ltre.

    Le prnom reu en propre la naissance, nest que le premier

    des lments constitutifs de son appellation, ces lments sont

    nombreux et cits par ordre dimportance

    -A) Le ism : est appel aussi alam, cest le nom distinctif de

    lindividu, le vritable nom de naissance et seule dnomination de

    lindividu cest lquivalent du prnom aujourdhui, tels : Mohamed,

    Ibrahim

    -B) La kunya :(ou nom de patrnitr) : est un surnom compos

    gnralement de abu /pre/ou umm (mre) suivie du nom propre

    (prnom) Exp : Abu Hurayra_ umm salma

    -C) Le nasab (nom de filiation) :cest le nom de lanctre ou de

    pre prcd du mot de ibn (fils /ou de bint/fille) exp: Ibn abi Talib

    -D) La Nisba (nom dorigine) est un adjectif form de lorigine

    de la tribu ou du clan de lindividu puis celui du lieu de naissance,

    ou de rsistance.

  • Smiotique : Devenir du sens 85

    -E) Le laqab (surnom) : un titre honorifique ou descriptif qui se

    rapporte au pouvoir. Exp : Saif el dawla (ces surnoms sont apparus

    surtout partir du 14me

    sicle)

    A ces lments, on peut ajouter lindication du mtier exerc.

    De tous ces lments le ism est le vritable lment arabe quon

    reoit la naissance ; la mention de lensemble des informations qui

    accompagnent le ism , joue le rle dcran ou de voile du nom

    que porte le sujet suivant les circonstances constitutives dune

    vritable carte didentit de lindividu

    A lpoque le fait de porter une kunya est reu par les arabes

    comme un signe dhonorabilit, nommer quelquun par cette

    appellation est un tmoignage de respect ou daffection (Aicha

    femme du prophte fut nomme oum abdallah alors quelle ne

    pouvait avoir denfants par rfrence au fils de sa sur).

    Le mode didentification arabe traditionnelle remonte la

    priode pr islamique. Fond sur les liens du sang, il inscrit ltre au

    sein dun ordre social qui prserve ses origines et oriente son avenir,

    pour certains : ces dsignations multiples et lemploi simultan

    dune suite de noms et de titres poussent des confusions : des

    noms propres, des sobriquets et des surnoms honorifiques. Ce qui a

    pouss aujourdhui linstitution de code d tat civil dans les pays

    arabes gnraliser ladoption dun systme plus simple qui

    correspond lusage dun simple prnom, en arabe ism

    suivit dun nom de famille (le patronyme, laqab, familial), le nom de

    famille est dapparition plus tardive que le prnom, hritage du

    colonialisme qui est de plus en plus gnralis par les arabes

    modernes, afin duniformiser les individus et de mieux les

    circonscrire.

  • Smiotique : Devenir du sens 86

    Les prnoms maghrbins attestent de lexistence dun

    patrimoine extrieur lIslam et on trouve encore des survivances

    berbres (kusayla, kahina), grco byzantines, carthaginoises,

    romaines (Ellyssa, Hannabal, Skandar, Dalenda), juives, anglaises,

    russes, iraniennes (Sonia, Linda, Shahnz). Quant au patrimoine

    islamique, il a lgu des prnoms lis Dieu, aux prophtes, au

    coran, la sunna, aux amis et la famille du prophte Mohamed.

    Il est dit dans le coran que Dieu a les plus beaux

    noms : Walilahi, al asmau al husna, faduhu biha (Sourate El

    Araf) soit lun des 99 noms divins qui marquent les qualits infinies

    de Dieu.

    Du coran, des prnoms sont directement puiss des titres de

    Sourates. Exemple (Imrane, Yacin, Anm, Taha, Nr, Tarek, Nasr,

    Dhuha, Kaouthar, du verset (Aya) le prnom Aya.

    De la religion, des prnoms peuvent tre composs du mot

    El din religion et prcd dun nom (Nour Eldine, Ala El din).

    Dautres sont tirs des noms des mois lunaires sacrs de lIslam

    (Radjeb, Chabane, Ramdane, Mouharem).

    Des noms danges (Gibril) les autres sont rarement utiliss mais

    le mot ange est utilis lui-mme en tant que prnom : Malak ou

    Malik.

    Des prophtes, les prnoms les plus utiliss sont ceux de :

    Mahamed, (Mustapha), Ibranim, Issac, Ismail, Youcef, Issa, Moussa.

    Des califes, Omar, Abubakr, Ali, Othmane.

    De compagnons du prophte, Anas, Zubayr, Bilal,

    Khaled

    Des membres de la famille du prophte, ses pouses, ses

    enfants , sa mre, son pre, son grand-pre, sa nourrice, ses petits-

    enfants, ses oncles, son fils adoptif

  • Smiotique : Devenir du sens 87

    Des noms lis aux traditions, prnoms de saints, de marabouts.

    Patrimoine naturel : astre (Gamra, Chams, Nedjma, Leila, Chihab)

    Pierres prcieuses (Yakuta, Jauher), patrimoine naturel : vgtaux et

    animaux (Tufaha, Yasmin, Ghazala).

    On constate que les prnoms subissent la loi de lvolution et

    de la mode. Une mode qui dpend du type et du milieu socioculturel.

    Lonomastique rvle que les prnoms ont pour les peuples une

    valeur magique. Le choix dun prnom dpend dune concidence,

    dun anniversaire, dune superstition, dun rve, qui provoquent des

    ractions psychiques importantes. La tradition maghrbine fait que

    lenfant est gnralement prnomm dans les sept jours qui suivent

    la naissance mais cette habitude existe davantage dans les rgions

    rurales que dans les villes, o le prnom est souvent choisi par les

    parents sinon par les grands-parents ; il est souvent celui des grands-

    parents.

    Un usage assez frquent au Maghreb tait de donner lenfant

    deux prnoms, lun officiel, administratif, lautre de contact et de

    communication sociale (lenfant ignorait souvent son premier

    prnom jusqu sa rente lcole pour celui qui y allait). Cet usage

    du ddoublement du prnom tait trs frquent et rpondait des

    raisons probablement mystiques et magiques.

    Certains prnoms rvls malfiques pour une famille la suite

    dune srie de catastrophes ne seront jamais utiliss, par ailleurs,

    nous relevons la frquence des changements de prnoms : il arrive

    souvent, en effet, que le prnom dun enfant, trouv peu commode

    ne correspondant pas la personne ou reconnu malfique, soit

    abandonn par la famille et substitu par un autre. Il est donc

    surprenant de constater parfois lusage de prnoms pjoratifs voir

    rebutants ; cette pratique est gnralement imputable la

  • Smiotique : Devenir du sens 88

    mconnaissance de la langue Arabe, ou de vieille coutumes

    censes protger du mauvais sort. Pour des raisons magiques ou

    fantaisistes, certains parents prouvs par les dcs successifs des

    enfants cherchent un prnom remde, prventif et dcident de

    donner leur nouveau n un prnom repoussant qui le mette labri

    des envieux. Lusage fait galement quon nomme parfois une fille

    Hadda (limite) ou Barkahoum pour limiter les naissances

    successives des filles. Une autre croyance rside dans le fait

    que certains prnoms peuvent constituer un prsage de bonheur et

    peuvent exercer une influence favorable sur la destine des enfants :

    cest ce quon appelle lonomancie. Cette coutume va lencontre

    des valeurs islamiques.

    Les prnoms des saints et des marabouts sont frquents dans le

    Maghreb, chaque rgion est marque par ses saints locaux.

    Lusage maghrbin fait que certains prnoms de la tradition

    musulmane sont altrs sur le plan phontique (Khaddja devient

    Khadoudja, Aicha devient Aouicha, Fatima devient Fattuma). Ces

    changements constituent souvent un diminutif indiquant lesprit de

    familiarit et daffection entre les personnes.

    Dans les prnoms Arabes et maghrbins surtout, on ne trouve

    gure le nom dAllah, par contre, on assiste de nos jours

    lmergence du nom de la religion musulmane Islam quon

    donne comme prnom. Cest peut-tre le signe que la distance avec

    la divinit et la religion est entrain de rtrcir de plus en plus car

    personnifier lIslam en un individu peut-tre une forme de

    dcadence de la vie sociale et culturelle ; cest ter la valeur

    spirituelle lIslam et la remplacer par des valeurs plus physiques et

    charnelle.

  • Smiotique : Devenir du sens 89

    le nom nest pas comme un manteau que lon peut arracher

    ou dchirer, mais cest une veste parfaitement adapte, ou comme la

    peau, que lon ne peut pas gratter et corcher sans faire du mal la

    personne ( Goethe, cit par Tsone, 1988).

    Cest incontestablement la psychanalyse qui a ouvert la voie

    ltude de la pr nomination par rapport linconscient. Wilhelm.

    Stekel sest pench sur ltude du nom de famille. Il a t le 1er

    montrer mais aussi crire que le nom de famille : agit souvent de

    faon contraignante sur celui qui le porte ou bien il sollicite

    certaines ractions psychique : opposition, orgueil, honte 177

    . Le

    nom permet de distinguer les familles les unes par rapport aux

    autres.

    Le prnom quant lui, humanise ltre nouveau n et

    lindividualise, au sein de sa famille puis par rapport aux autres. Le

    prnom est lessence mme de la personne : le prnom cest la

    personne. Il reflte la vie de lindividu en le situant dans un rseau

    complexe de relation familiale, sociale, religieuse et spatio-

    temporelle, il se situe par rapport une combinaison familiale et

    sociale. Lacte de nommer permet de faire rentrer lenfant dans

    lordre des relations humaines, cest le situer socialement, cest le

    classer, cest aussi linscription de lenfant dans un historique

    symbolique familial (Lvi Strauss). Le prnom, disaient les latins,

    cest le destin.

    177- W. STEKEL, cit in Document Internet, http://perso.wanadoo fr / geza. roheim/ htm/

    benrejb1.htm. Le 20/ 12/ 2005.

    Le prnom est comme la peau, une enveloppe, cest un

    contenant spatial et temporel choisi par les autres, ce sont des lettres

    http://perso.wanadoo/

  • Smiotique : Devenir du sens 90

    jetes sur le corps dun bb. Le choix dun prnom, est la

    ralisation dun accord conscient, dun compromis entre les dsirs

    paternel et maternel. Cest un condens de plusieurs significations.

    Selon Tsone (1988), le prnom est : le dpt dun mythe familial

    en suspension qui engage lenfant 178

    . cest une pr structure de la

    personnalit : lenfant est dj programm, en quelque sorte, destin

    tre ce prnom, tre cette personne, lenfant qui porte un prnom

    est un enfant charg de missions . Le prnom peut aussi vhiculer

    le refoul familial. Il est clair que les prnom maghrbins vhiculent

    une smantique, la plupart du temps inconsciente, vidente mais le

    choix dun prnom doit respecter certaines normes culturelles.

    Le choix dun prnom Arabe est-il obligatoire ?

    Depuis le 14me

    sicle, une grande majorit de Musulmans

    choisit pour ses enfants un prnom Arabe. Cet attachement

    indfectible la langue Arabe plonge ses racines dans la source

    mme de lIslam : le Coran

    Ainsi, riche de ces diverses modalits, le prnom Arabe a suivi

    et suit encore fidlement les pas de lIslam travers le monde, ce

    nest pas par obligation, que les musulmans, gnration aprs

    gnration choisissent leur identit parmi les mots de la langue du

    prophte car ces prnoms (Arabe islamique) ont lavantage, pour la

    plupart de laisser apparatre clairement leur sens. Choisir un prnom

    en fonction de son sens est une dmarche logique, cest esquisser

    une personnalit. Donner ltre un prnom qui a un sens, nest ce

    pas lui indiquer une direction , un idal atteindre ?

    178- TESONE, cit in Document Internet, Ibid.

    Tel un moule qui faonne, le prnom peut aussi avoir pour

    fonction de compenser une faiblesse ou un dfaut. Il devient une

  • Smiotique : Devenir du sens 91

    sorte de lien subtile qui unit ltre celui en lhonneur de qui il a t

    nomm (par exemple le choix dun prnom des membre de la

    famille du prophte : Khaddja). Le prnom a pour fonction de

    marquer une naissance (Mouloud) ou un passage dun tat un autre

    (Faiza).

    I.2.3. La numrologie et la chromatique

  • Smiotique : Devenir du sens 92

    Tout ici bas nexistent que le mouvement et le nombre : le

    mouvement est en quelque sorte le nombre agissant 179

    .

    Tous les phnomnes naturels sont soumis des lois qui nous

    ramnent des coefficients cest dire des nombres. La nature

    nous le rvle parfois clairement. Ainsi les vagues souleves par le

    vent du Nord suivent un rythme septnaire dont la priode comprend

    trois vagues fortes, suivies de quatre plus faibles. Alors que le vent

    du Midi soulve alternativement cinq vagues faibles.180

    Ces lois numriques, qui rgissent ces phnomnes naturels

    rgissent galement la destine humaine. (Ainsi le Roi Louis XIV

    14eme du nom est dclar majeur 14 ans, monte sur le trne le 14

    mai 1643 (14). Mourut en 1715 14 lge de 77 14. Les

    nombres existent depuis toujours, ils appartiennent la vie de

    lhomme.

    La numrologie fut une science utilise dabord par les

    Babyloniens, situs dans le sud de la Msopotamie (Irak) depuis

    plus de trois millnaires avant notre re, qui ont pos les fondements

    de lastronomie, de lastrologie et des mathmatiques. Les

    Chaldens, venus de lArabie orientale, avaient de grandes

    connaissances sotriques18i

    ,

    stablirent dans les campagnes

    environnantes de Babylone et apportrent leur contribution au savoir

    msopotamien

    179-BALZAC, note de lecture

    180-Site Internet, chiffre symbolique / Egypt 1. Htm. Le 10/ 03/ 2006.

    181-Qui veut dire : mystique unie la pense juive

  • Smiotique : Devenir du sens 93

    (en terminologie Biblique Chalden indique une personne

    rudite en science occultes et plus particulirement en arts

    divinatoires, surtout lastrologie et la numrologie lpoque qui

    reprsentaient une science commune laquelle sajoutait la magie

    pour conjurer laction des puissances clestes ).

    Les sumriens tablis quand eux en basse Msopotamie, ont

    apport leur tour une large contribution la civilisation

    msopotamienne. Cest ces derniers et les msopotamiens qui ont

    apport lEgypte antique leur savoir prcieux qui leur permit de

    dvelopper leur calendrier ainsi que la technique hiroglyphe182

    . Les

    mathmatiques simposent dans leur vie quotidienne diffrents

    niveaux, la science des nombres tait connue et pratique par les

    prtres de lancienne Egypte (clbre lpoque par le triangle sacr

    gyptien, marqu par le 12 (1 + 2 = 3)).

    Les dernires dynasties gyptiennes furent confrontes des

    invasions importantes surtout celle des Perses et cest laide des

    mercenaires grecs dj trs nombreux dans le monde mditerranen

    que les gyptiens expulsrent les perses. La Grce affichait dj une

    culture brillante et le gnie grec sexprimait travers toutes les

    disciplines : littrature, posie, thtre, philosophie, science, sport,

    peinture, architecture et bien entendu lastronomie, lastrologie et la

    numrologie. La science des nombres sest enrichit au fil des sicles

    travers ces gyptiens qui transmirent leur savoir aux grecques en

    reconnaissance pour leur aide et par de nombreuses recherches,

    notamment celles dune figure marquante celle du mathmaticien,

    fondateur de la tables de multiplication,

    182-Veut dire : signe, caractre des plus anciennes criture gyptienne.

  • Smiotique : Devenir du sens 94

    Pythagore (pre des mathmatiques et de la numrologie) qui

    dclara que les nombres peuvent exprimer des capacits

    individuelles et influencer la destine humaine.

    Il tudia pendant 22 annes la symbolique des nombres et des lettres

    pour donner naissance la numrologie en Egypte chez les prtres.

    Quand les perses envahirent le pays leur tour, Pythagore fut

    envoy Babylone, grand fief de la connaissance et de lastrologie.

    Il continua ses formations auprs de diffrentes sources et lge

    mr aprs avoir acquis ces savoirs, il revint chez lui, il fonda alors

    son cole dont les nombres reprsentaient lenseignement majeur.

    Ses travaux ont une influence primordiale sur la numrologie

    contemporaine.

    Socrate et Platon furent influencs par ltude sacre des

    nombres et continurent la dvelopper.

    Un autre personnage, joue un rle majeur dans lexpansion de

    cette science, cest Moise (Moussa), initi lui aussi en Egypte

    lorsquil vivait dans les temples gyptiens comme tudiant puis

    comme prtre : il eut les 33 degrs dinitiation c'est--dire, il apprit

    la gomtrie sacre, science secrte de haute valeur et la mystique

    des nombres ; ce qui nous amne voquer la Kabbale, voie

    dsotrisme mystique unie la pense juive : Kabbale, terme

    mystrieux, rserv aux initis, qui donne un grand pouvoir

    magiques ses utilisateurs. Les kabbalistes cherchrent

    comprendre, expliquer, compter et mesurer lunivers et les lois qui le

    rgissent travers lutilisation des chiffres.

    Les chinois quant eux laborrent leurs systmes numriques et

    sotriques partir de la lgende dynastie Hia (200 ans avant J.C),

    pour eux, la plaine jaune est divise en neuf rgions.

  • Smiotique : Devenir du sens 95

    Dans les sicles qui prcdrent notre re, les Arabes furent de

    grands scientifiques et dexcellents mathmaticiens. Ils mettent

    profit les connaissances acquises auprs des grecs et des hindous et

    cest grce la fameuse route de soie que lensemble des

    peuples Arabes dcouvrirent la gomancie chinoise vhicule

    par les bouddhistes de Chine et dInde, qui se transforma par la suite

    en gomancie Arabe.

    Influencs par la culture grecque, les latins adoptrent les

    connaissances anciennes en voquant la mystique des nombres .

    Les pres de lglise, eurent un rle important dans lvolution de la

    symbolique des nombres : Saint Augustin, fut lun des plus connu

    car il consacra une partie de sa vie interprter lcriture de la Bible

    partir des nombres : lintelligence des nombres permet

    dentendre bien des passages de lcriture 183

    .

    Cest la priode de la renaissance qui permet un certain regain

    dintrt envers larithmologie avec lastronome allemand

    Kepler, le philosophe Descartes et le physicien Newton.

    Au 19me

    sicle, la numrologie apparaissait dune part, comme

    science ou art divinatoire et dautre part, comme tude des nombres

    bibliques qui reprsentaient une approche plus mystique et

    spirituelle. Victor Hugo, adepte du spiritualisme, sintressa ainsi

    que Balzac, aux nombres.

    Cest le 20me

    sicle qui va permettre la numrologie de

    prendre un essor vertigineux. La littrature devient abondante de la

    pratique et de la symbolique des nombres. Cest le comte Louis

    Hamon, connu sous le nom de Cheiro qui devint lun des plus

    grands utilisateurs de la science des nombres ainsi que de la

    chiromancie .

    183- SAINT AUGUSTIN (354 430), cit in La numrologie, Ed. Trajectoire, Paris, 2004, p50.

  • Smiotique : Devenir du sens 96

    Cest surtout les annes trente qui furent riches pour la numrologie

    ainsi que pour son enseignement. Le docteur Juno Jordan, fonda

    linstitut de recherches numrologiques de Californie. Beaucoup

    dauteurs, de chercheurs se sont intresss cette sciences en ditant

    une quantit impressionnante douvres.

    La science de la symbolique des nombres est plus que jamais

    prsente dans le monde moderne des affaires aussi bien en occident

    quen orient car elle fut et elle demeure une science vitale : si lon

    savait lire les nombres qui jalonnent notre vie, nous aurions la

    connaissance de notre destinmalheureusement, seuls quelques

    initis savent les lire, et cest bien dommage 184

    disait Pappus.

    La numrologie est cette discipline qui sappuie sur les

    nombres, linstar de la lastrologie qui sappuie sur les astres. Elle

    moins connue et beaucoup moins pratique alors qu il y a une

    beaut voire une posie ou une magie dans les nombres 185

    .Cest un

    art suppos tirer de lanalyse numrique du nom, du prnom, de

    la date de naissance, des conclusions des caractres des personnes et

    des pronostics sur leur possible devenir cest dire que pour tudier

    la personnalit et le destin de chacun de nous, les nombres sont donc

    l, censs avoir le pouvoir dinfluencer notre vie et notre

    comportement.

    La numrologie sadresse tous ceux qui dsirent acqurir un

    plus haut niveau de conscience et donc enrichir leur progression

    personnelle.

    184- PAPPUS : pseudonyme du docteur GERARD ENCAUSSE, mdecin franais et oculiste

    renomm qui tudia le Tarot et les nombres

    185- J .D. FERMIER, Op. Cit., p. 24.

  • Smiotique : Devenir du sens 97

    Sachant, par exprience, que la vie est une srie de dcisions et

    de choix personnels gnrant invitablement doutes et frustrations,

    la prise de conscience de ses atouts, de ses comptences et de ses

    faiblesses dveloppe une certaine capacit dcisionnelle. Celle-ci

    gnre des satisfactions qui renforcent au fil des temps lacceptation

    et lestime de soi, un sentiment essentiel qui demeure le fondement

    de lpanouissement car il renvoie limage dune identit positive.

    La numrologie justement cerne les nombres qui influencent

    notre identit et les lments qui nous entourent pour viter les

    dsaccords inutiles et saisir les opportunits qui se prsente nous.

    Mais la complexit de cette science des nombres associe au libre

    arbitre des individus nautorise pas les prdictions. Les suggestions

    manant de la pratique des nombres nont de valeur et defficacit

    que pour aider devenir indpendant faire confiance lintuition

    personnelle enfin prendre conscience de certains de nos actes.

    La numrologie est donc un outil de premier ordre pour qui

    dsire se connatre, dcouvrir ses cycles de vie, les moments

    importants de son existence aussi bien passe qu venir. Son but

    est donc dtablir larchitecture de la personnalit.

    Elle sintresse plus particulirement aux 9 nombres de base :

    toute une symbolique est fonde sur ces neufs premiers nombres (de

    1 9), se droule lhistoire de lhomme et du monde, faisant

    abstraction des autres nombres qui ne sont que des combinaisons des

    premiers .Chaque nombre rsulte de la date et du nom de naissance

    propre chacun dentre nous.

    Elle sintresse particulirement au cycle de la vie. La

    numrologie ramne tout des nombres : cet univers fascine et

    intrigue en mme temps.

  • Smiotique : Devenir du sens 98

    Avec les chiffres (du latin cifra, zro de lArabe sifr

    vide ). Cest toute lhistoire de lhumanit qui dfile. Ils

    reprsentent un lment cl de la symbolique humaine.

    De tout temps, les nombres furent utiliss par les savants, les

    scientifiques, les philosophes, les mystiques et les psychologues.

    Toutes les civilisations attestent aux chiffres un usage magique et

    divinatoire.

    Ds lAntiquit, les chiffres furent considrs comme cl de

    lharmonie et de la sagesse, ils furent dots dune me et considrs

    comme principe de toute chose186

    . Cest eux que lunivers doit son

    existence tout est nombre pour Pythagore. Pour Platon, ils

    constituent le plus haut degr de connaissance, si ce nest la

    connaissance mme.

    Les nombres et les chiffres ont toujours constitu un langage

    privilgie pour toutes les autres sciences : ils ont par essence lie au

    secret Ils expriment des ides, des forces et leurs pouvoirs de

    symbolisation est norme : Linterprtation des chiffres et lune des

    plus anciennes sciences symboliques. Le nombre est le produit de la

    parole et du signe.

    De nombreuses pratiques divinatoires se rattachent aux chiffres :

    larithmomancie, la gomancie ou le che pou chinois.

    Larithmomancie concerne une mthode de pronostics et de

    spculations par la valeur numrique de noms utiliss par les Grecs,

    les juifs et les Arabes.

    186- J.D.FERMIER, Op. Cit., pp. 50-51.

  • Smiotique : Devenir du sens 99

    La prsence symbolique du chiffre et du nombre traverse tous les

    domaines de la vie musulmane : Dieu a quatre vingt dix neuf

    noms personne ne les mmorisera sans entrer au paradis. Dieu est

    unique et aime ce qui est impaire. (El Bukhari.)

    Le rituel islamique aime les rptitions : pour la prire lun des

    principaux piliers de lIslam le nombre revient 5, pour que nos

    vux se ralisent on doit les rpter trois fois aprs la prire 33

    chapelets sont dits. Dans la tradition musulmane, il sest dvelopp

    deux branches du savoir, en numrologie. Lune mystique et

    spculative dont le reprsentant est. Ibn al Arabi ; lautre magique et

    applique dont le reprsentant est Al Buni (XII XIII Sicle). Ibn El

    Buni dit ce propos : Sache que les nombres ont leurs secrets et

    possdent une influence tout comme les lettres

    La puissance magique des nombres senroule dans un norme

    rseau de force, parmi lesquelles les plantes et les constellations du

    zodiaque jouent un rle, on comprend mieux que les tableaux

    magiques des talismans (utiliss par les talebs) soient parsems de

    chiffres et de nombres cot dun lment du zodiaque, renvoyant

    des correspondances secrtes. J. D. Fermier disait qu elle est un

    pont qui permet de relier le domaine dit irrationnel au domaine

    dit rationnel . En fait, le matriel et le spirituel reprsentant

    lunion sacre qui fait la vie 187

    Dans cet univers magique, les nombres, seuls ou par

    lintermdiaire des lettres, sinscrivent dans un vaste rseau

    universel de correspondances. Ne possdant pas de symbole

    numrique distinct, les hommes ont initialement crit les nombres au

    moyen des lettres de leur alphabet.

    187- Ibid, p. 14.

  • Smiotique : Devenir du sens 100

    Le systme consistait attribuer aux lettres des valeurs numriques

    de 19. Par exemple, sont rattachs au chiffre 1, les lettres A, J, et S.

    Tableau des lettres et chiffres

    1 2 3 4 5 6 7 8 9

    A B C D E F G H I

    J K L M N O P Q R

    S T U V W X Y Z /

  • Smiotique : Devenir du sens 101

    La chromatique

    La couleur pense par elle-mme indpendamment des objets

    quelle habiteprter une pense et un langage aux couleurs (),

    cest mettre en question la suprmatie des arts verbaux 188

    .

    Lhomme est capable de saisir par tout son corps le monde qui

    lentoure : il entend, voit, sent, gote et touche. Parmi tous ses sens,

    il en est un particulirement, qui conditionne tous les autres, qui

    transmet son cerveau une quantit incroyable de renseignements et

    qui la facult de percevoir les formes et les couleur : la vue.

    La perception visuelle conditionne notre vie, devient un moyen de

    communication et dclanche chez nous les sentiments les plus

    divers.

    La nature nous donne voir des couleurs et entendre des

    sons 189

    . Si lon postule que ltre humain ragit aux excitation

    lumineuses de faon universelle, on ne peut imputer rien dautre

    quaux diffrences culturelles les carts importants que lon observe

    entre les dnominations de couleurs, en passant dune langue une

    autre.

    Mais ne faudrait-il pas aussi sinterroger sur la varit, mme

    des connotations qui sont affects chacune delles ? La diversit

    des valeurs symboliques, lie aux reprsentations des socits mais

    aussi la gographie fait que la perception des couleurs intervient

    tous les niveaux de ltre de la connaissance psychologique la

    connaissance mystique ou cosmologique.

    Les croyances, valeurs et symboles attachs aux couleurs et leurs

    interprtations varient travers le monde : la couleur serait ainsi un

    produit culturel.

    188- Ch. BAUDELAIRE, cit par G. MOUILLAND, Op. Cit.

    189-R. MONTCHAUD, La couleur et ses accords, Ed. Fleurus, Paris, 1963, p.11.

  • Smiotique : Devenir du sens 102

    La couleur du grec chroma trouve son origine dans la

    musique grecque et les notes altres du chant grgorien ainsi

    quaux polyphonies mdivales. Le chromatisme fut employ

    pour donner plus de couleur , plus dexpression une note ou

    une phrase.

    La chromatique est donc la science de la perception des

    couleurs. La couleur, fille de la lumire na de sens que par celle- ci,

    elle est beaucoup plus quune matire ou une fraction de lumire,

    cest une sensation. Cest la sensation reue par lintermdiaire de

    notre il, de la vision dun lment color. A lheure actuelle

    lhomme peut voir sept couleurs, mais plus de sept cent teintes

    diffrentes. On dit que dans le futur, lhomme pourrait voir un

    spectre de 12 couleurs.

    Le champ chromatique est en ralit le champ de toutes les

    perceptions que peut ressentir lil humain. Le cercle chromatique

    comprend :

    1)-Trois couleurs primaires ou fondamentales : le bleu, le rouge

    et le jaune

    2)-Trois couleurs secondaires ou binaires : couleurs obtenues

    par mlange de deux couleurs primaires en parts gales ; le vert,

    orange, violet.

    3)- Six teintes intermdiaires ou tertiaires : obtenues par le

    mlange de parts gales dune couleur primaire et dune couleur

    secondaire.

    Le noir et le blanc ne font pas partie du cercle chromatique : ce sont

    des couleurs neutres. Laccord des couleurs est une affaire de

    got.

  • Smiotique : Devenir du sens 103

    La thorie des couleurs figura parmi les phnomnes naturels

    qui proccuprent vivement les savants, les artistes, et les potes de

    tous les temps.

    Nous sommes tous sensibles dune manire ou dune autre au

    langage vhicul par les couleurs. Les couleurs jouent un rle

    considrable dans notre vie, elles nous entourent, leur harmonie ou

    leur disparit cre autour de nous un cadre agrable ou dsagrable :

    nous les aimons ou les dtestons. La couleur cre en nous une

    harmonie colore qui sera sentit non comme une sensation

    seulement mais comme un plaisir pour lil, en effet, beaucoup de

    relations se crent entre lindividu et son espace color.

    De tous temps, lhomme a ressenti plus ou moins le pouvoir des

    couleurs. Il a associ celle-ci a des concepts, des sentiments, des

    signes et a t jusqu crer un vritable langage des couleurs. Au fil

    des sicles, artistes et scientifiques ont tent dapprivoiser la couleur.

    Pour les anciens gyptiens le mot couleur signifiait tre

    essence , chez eux le symbolisme des couleurs tait trs volu.

    En occident, une organisation ternaire des couleurs a prvalu,

    organise autour du blanc, noir et rouge.

    De mme, les couleurs ont un sexe : le rouge est fminin, le bleu

    est masculin. Les couleurs servent aussi dsigner les orientations,

    les plantes et les jours de semaine.

    Ainsi, sur tout le continent amricain, les indiens ont orient

    lunivers par lintermdiaire des couleurs.

    Pour ceux dAmrique du Nord, une couleur sacre est associe

    chacun des six secteurs cosmiques : (Jaune = Nord / bleu= lEst /

    rouge= Sud / blanc = lOuest / noir= le dessous / le mouchet = le

    dessus).

  • Smiotique : Devenir du sens 104

    Pour les Mayas, quatre couleurs dsignent les quatre points

    cardinaux (Nord= blanc/ sud= jaune / rouge= lEst/ noir=lOuest)

    En Inde, la couleur est attribue chaque plante, les couleurs ne

    sont pas uniquement emblmatiques ou allgoriques.

    Elles peuvent avoir un usage propre veiller certain tat

    desprit ; elles intensifient un certain type de vitalit ou aident se

    raccorder une certaine source de vitalit.

    Les Arabes quant eux, se sont imprgns de la nature pour

    dsigner les couleurs (mtaux, vgtaux).

    Dj ds lantiquit, Hippocrate a vant linfluence de couleurs

    sur le comportement humain, par ailleurs, la couleur tait le symbole

    de telle ou telle chose : dans les temples gyptiens, le parterre tait

    peint en vert, chez les chinois, le blanc symbolisait la mort et la

    tristesse alors que chez les autres peuples, il symbolisait la tenue de

    la mari ou la couleur de la puret.

    Ds les poques anciennes de toute civilisation, les hommes se

    penchrent vers les mystres de leur destine et puisrent quelques

    rconforts dans les religions ; de l tout un symbolisme de la couleur

    prit naissance.

    Toutefois chaque religion eut ses couleurs de symbole. Pour les

    juifs, le vert rappelle lofficiant que le mort sera mis en terre. Dans

    le monde chrtien, le vert symbolise lesprance cest le propre de

    lanne ecclsiastique, symbole des biens venir, le dsir de vie

    ternelle. Pour lglise anglicane, le vert symbolise, la fin,

    limmortalit et la contemplation. Le vert est la couleur du paradis

    chez les musulmans.

  • Smiotique : Devenir du sens 105

    Les couleurs sont utilises dans diffrents domaines de la vie

    humaine, certaines ont des valeurs thrapeutiques : la psychologie

    utilise les couleurs pour analyser la personnalit, soigner et gurir

    certaines maladies psychiques : les couleurs agissent sur lme,

    elles peuvent y exister des sensations, y veiller des motions, des

    ides qui nous reposent ou nous agitent et provoquent la tristesse ou

    la gaiet 190

    .

    Des tudes mdicales ont prouv que la perception du vert, par

    exemple, ralentit la circulation sanguine alors que celle du rouge

    lactive. Dautres couleurs sont utilises pour augmenter le

    rendement de diffrentes productions. Une science sest dsigne

    pour le faire : cest le conditionnement de la couleur , technique

    utilise dans les usines, les bureaux, coles dans les annes 20 pour

    augmenter la production : elles reprsentent un tat de dfense, de

    protection de soi, cest le renouvellement et la croissance.

    Lintroduction de tons chauds au cours de ces dernires

    dcennies dans les lieux considrs comme froids (hpitaux,

    cuisines, salles de bain, bureaux), fait aujourdhui deux des lieux

    chaleureux, accueillants et conviviaux ; ou au contraire, introduire

    des couleurs froides dans des lieux ou habitations des rgions

    chaudes permet de temprer psychologiquement les petit carts de

    temprature. Les couleurs chaudes suggrent la proximit, les

    couleurs froides suggrent par contre, lloignement. Ils ont des

    effets dcisifs sur lhomme sur le plan physiologique (sur

    lorganisme) et sur le plan psychologique (le comportement et le

    caractre).

    190-J. W. VON GOETHES (crivain, savant, homme politique allemand), La thorie des

    couleurs, ibid, p. 114.

  • Smiotique : Devenir du sens 106

    Les couleurs perues donnent lieu une diversit de sensations.

    Nous percevons les couleurs avec toute notre histoire personnelle.

    Percevoir, cest prendre conscience non pas des couleurs en soi,

    mais de ce quelles reprsentent pour nous. Donc le choix dune

    couleur par une personne nest pas anodin bien au contraire, il

    dterminerait dune part sa personnalit et nous renseignerait dune

    autre part des besoins de celui ou de celle qui la choisi cest dire

    quil est rvlateur de ses gots, de sa vision, de ses humeurs et de

    sa faon de vivre. Sans le savoir, par les couleurs que nous portons

    ou choisissons, nous dlivrons aux autres un message et livrons une

    image de nous. Les publicistes lont bien compris et en usent pour

    nous sduire. Chaque tre humain ragit diffremment face une

    couleur ; lmotion prouve correspond une diversit de

    sentiments : on peut tre tour tour attendri, impressionn ou

    boulevers.

    En fait le langage des couleurs et le symbolisme pourraient

    nous entraner plus loin, on peut les retrouver, dans les folklores,

    dans la mode, ou en littrature car ils sont issus de diffrentes

    sources, aussi bien de lhistoire et des traditions que des religions

    existant sur terre.

    La couleur, cest la vie, car un monde sans couleur nous parait

    mort. Les couleurs sont les ides originaires, les enfants de la

    lumire qui fut lorigine incolore, et de son partenaire lobscurit

    galement incolore. Comme la flamme engendre la lumire, ainsi la

    lumire engendre les couleurs. Les couleurs sont les filles de la

    lumire et la lumire est la mre des couleurs. La lumire, ce

    phnomne fondamental du monde, nous rvle par les couleurs,

    lesprit et lme vivante de ce monde 191

    .

    191- J. ITTEN, Art de la couleur, ibid., P. 96.

  • Smiotique : Devenir du sens 107