Étude retrospective des méningites bactériennes et à cryptocoques chez des sujets adultes infectés par le VIH à Abidjan (Côte d’Ivoire)

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    21-Jun-2016

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<ul><li><p>ARTICLE ORIGINAL/ORIGINAL ARTICLE</p><p>Etude retrospective des meningites bacterienneset a` cryptocoques chez des sujets adultes infectespar le VIH a` Abidjan (Cote dIvoire)</p><p>Retrospective study of bacterial and cryptococcalmeningitis occurring in HIV adult patients in Abidjan</p><p>Service de medecine interne, CHU de Treichville, 01 B.P.V 13 Abidjan, Cote dIvoireb</p><p>Journal de Mycologie Medicale (2007) 17, 8286</p><p>Methodes. Il sagit dune etude retrospective portant sur 370 patients VIH positifs hospitalises</p><p>D i spon ib le en l igne sur www.sc iencedi rect .com</p><p>journa l homepage: www.e l seneoformans ;VIH ;Mortalite ;Abidjan ;Cote dIvoire</p><p>du 1er novembre 2001 au 1er avril 2003 dans les services de medecine interne et des maladiesinfectieuses du CHU de Treichville pour meningites bacteriennes et a` cryptocoques.Resultats. La prevalence globale du VIH dans les meningites est de 73 %. Lage moyen despatients est de 33 ans (extremes : 19 et 65 ans) et le sex-ratio de 1,2. Le delai moyen devolutionde la symptomatologie avant hospitalisation represente 11 jours avec des extremes de un et 120jours. Le tableau clinique, dans la majorite des cas dinstallation brutale (57,8 %), est celuihabituellement decrit. Toutefois, cette etude se singularise par un fort taux de meningo-encephalite febrile (71,6 %) en rapport avec les consultations tardives. Les germes pyoge`nesrencontres dans 72,4 % des cas sont surtout constitues par des pneumocoques. Cryptococcusneoformans represente 27,6 % des cas. A` lanalyse du liquide cephalorachidien (LCR) dans la</p><p>* Auteur correspondant.Adresse e-mail : bourhaima@yahoo.fr (B. Ouattara).</p><p>1156-5233/$ see front matter # 2007 Elsevier Masson SAS. Tous droits reserves.doi:10.1016/j.mycmed.2007.02.003Service des maladies infectieuses, CHU de Treichville, 01 B.P.V 13 Abidjan, Cote dIvoirec Laboratoire de parasitologie mycologie, UFR des sciences medicales, 01 B.P.V 166 Abidjan, Cote dIvoired Laboratoire central, service de bacteriologie, CHU de Treichville, 01 B.P.V 13 Abidjan, Cote dIvoire</p><p>Recu le 3 avril 2006; accepte le 14 fevrier 2007Disponible sur Internet le 30 mars 2007</p><p>MOTS CLESMeningites ;S. pneumoniae ;Cryptoccocus</p><p>Resume</p><p>Objectifs. Preciser la prevalence du VIH dans les meningites bacterienne et a` cryptocoques a`Abidjan et en rapporter les caracteristiques epidemiologiques, cliniques, paracliniques etevolutives.(Ivory Coast)</p><p>B. Ouattara a,*, S.P. Eholie b, K.D. Adoubryn c, O. Kra b, H. Tia d,C.G. Kouadio-Yapo c, V. Edo d, J. Ouhon c</p><p>av ie r.com/locate/mycmed</p></li><li><p>Etude retrospective des meningites bacteriennes et a` cryptocoques chez des sujets adultes infectes par le VIH a` Abidjan 83</p><p>ee,t lemeduesrtic. To</p><p>heracect1st</p><p>servnce2. T11%)nd Citisomtise omom</p><p>. ToIntroduction</p><p>Les meningites sont des affections frequentes et graves enAfrique. Lameningite purulente, surtout a` pneumocoque, est</p><p>cryptococcose neuromeningmacroscopique du liquide edans la cryptococcose neuroConclusion. La prevalencede sexe. La meningite a` germlinfection par le VIH est pa# 2007 Elsevier Masson SAS</p><p>KEYWORDSMeningitis;S. pneumoniae;Cryptoccocusneoformans;HIV;Mortality;Abidjan;Ivory Coast</p><p>Abstract</p><p>Objectives: To determine tepidemiological, clinical, paMethods: This is a retrospcryptococcal meningitis fromand the infectious illnessesResults: The global prevale1965). The sex-ratio was 1:tion was 11 days (extremes:comas were frequent (71.6pyogenic bacteria (72.4%) afluid in cryptococcal meningliquid and the cytological anlow in cryptococcal meningiConclusion: The prevalencdistinction of sex were theBacterial meningitis was the# 2007 Elsevier Masson SASde loin la principale cause avec une mortalite estimee entre21 et 35 % [2,3,8,10]. Cependant, avec lave`nement du VIH/Sida, on assiste a` une explosion dautres agents pathoge`nesautrefois rares [4,11,20]. Onze ans apre`s limportant congre`sorganise au Senegal par la Societe africaine de pathologieinfectieuse (SAPI) [4] qui a fait le point des connaissances surles infections du syste`me nerveux central, il nous a paruinteressant de preciser la prevalence du VIH dans les menin-gites bacteriennes et a` cryptocoques a` Abidjan et denrapporter les caracteristiques epidemiologiques, cliniques,paracliniques et evolutives.</p><p>Patients et methodes</p><p>Il sagit dune etude retrospective portant sur les dossiers desmalades VIH positifs hospitalises pour meningites dans lesservices de medecine interne et des maladies infectieuses duCHU de Treichville du 1er novembre 2001 au 1er avril 2003. Lessources de donnees ont ete constituees par les dossiersmedicaux et les registres du laboratoire central. Tous lespatients ont eu une ponction lombaire. Le diagnostic demeningite a ete pose sur lisolement dagents habituelle-ment connus comme pathoge`nes. Ainsi, le diagnostic decryptococcose neuromeningee est retenu sur la mise enevidence du Cryptococcus neoformans dans le liquide cepha-lorachidien soit a` lexamen direct a` lencre de Chine soitapre`s culture sur milieu de Sabouraudchloramphenicol, etcelui des meningites bacteriennes est base sur lexistencedans le liquide cephalorachidien de germes pyoge`nes a`lexamen direct apre`s coloration de Gram ou apre`s sa miseen culture. Ont ete exclus de cette etude : 127 cas demeningites purulentes soit 20 % des meningites chez desmalades VIH positifs dont le germe na pas ete identifie,</p><p>il existe dans 29,2 % des cas une discordance entre laspects anomalies cytologiques. Le taux moyen de CD4 est bas surtoutningee (55/mm3). La mortalite est elevee (78,6 %).VIH dans les meningites est elevee. Il ny a pas de predominancepyoge`nes est dominante. Le pronostic des meningites associees a`ulie`rement defavorable.us droits reserves.</p><p>prevalence of HIV in meningitis in Abidjan and to report on thelinical and changing features.ive study of 370 HIV patients hospitalized for bacterial andNovember 2001 to 1st April 2003 in the internal medicine serviceice of Treichville teaching hospital.of HIV in meningitis was 73%. The mean age was 33 (extremes:he mean delay of development of symptoms before hospitaliza-20). The clinical signs were classic. However, in this study febriledue to late consultation. The aetiologies of meningitis wereryptococcus neoformans (27.6%). Analysis of the cerebrospinalrevealed a divergence between the macroscopic aspect of thealies in 29.2% of the cases. The mean rate of CD4 was especially(55/mm3). Hospital mortality was high (78.6%).f VIH in meningitis was high. Young adult patients withoutst affected especially in the case of severe immunodeficiency.ost common form. The prognosis of meningitis was very bad.us droits reserves.tous les patients ages de moins de 15 ans ou VIH negatifspresentant une meningite et ceux dont les dossiers sontincomplets.</p><p>Resultats</p><p>Donnees epidemiologiques</p><p>Pendant la periode detude, sur 3072 patients qui ont bene-ficie dune ponction lombaire, 507 dentre eux presententune meningite bacterienne ou a` cryptocoques soit 16,5 % descas. Parmi les 507 patients, 370 sont seropositifs soit 73 % descas. Il sagit de 200 hommes (54 %) et 170 femmes (46 %) soitun sex-ratio de 1,2. Lage moyen des patients est de 33 ansavec des extremes de 19 et 65 ans (Tableau 1).</p><p>Donnees cliniques</p><p>Le delai moyen devolution de la symptomatologie avanthospitalisation est de 11 jours avec des extremes de un et120 jours. Le mode dinstallation de la meningite est brutalchez 214 patients (57,8 %). Les signes a` ladmission sont lafie`vre notee dans 90,4 % des cas, les cephalees dans 89,5 %des cas, la raideur de la nuque dans 83,1 % des cas, le comasans signes de localisation neurologique dans 72,2 % des cas(Tableau 1) avec un score de Glasgow inferieur a` sept dans62 % des cas, les vomissements dans 62,7 % des cas et</p></li><li><p>84 B. Ouattara et al.</p><p>Tableau 1 Donnees generales observees a` ladmission despatientsTable 1 General data observed at the patient admission</p><p>Meningitesbacteriennes</p><p>CNM</p><p>n = 268 n = 102</p><p>Age moyen (ans) 37 (1965) 32 (2545)</p><p>Sex-ratio 1,2 1,1</p><p>Mode de debut (%)Brutal 201(76) 13(12,7)progressif 67(24) 89(87,3)</p><p>Duree devolutiondes signes cliniques (jours)</p><p>3 (17) 15 (7120)</p><p>SymptomesFie`vre (&gt; 37,5 8C) 268(100) 66(64,7)Raideur de la nuque 249(93) 59(57,8)Cephalees 233(87) 99(97)Vomissements 182(68) 51(50)Constipation 128(48) 61(59,8)Coma 190(71) 76(74,5)lhypotension arterielle (TAS &lt; 9 cm Hg) dans 10 % des cas.Dans les meningites bacteriennes, il existe une porte dentreeotorhinolaryngee (sinusite, otite) chez 69 % des patients.</p><p>Convulsion 94(35) 28 (27,4)</p><p>Taux moyen de CD4 250 (5450) 55 (1155)</p><p>Letalite (%) 212(79,1) 79(77,4)</p><p>CNM : cryptococcose neuromeningee.Caracteristiques biologiques</p><p>Le liquide cephalorachidien (LCR) est hypertendu, daspecttrouble ou puriforme chez 298 patients et clair chez 72patients (Tableau 2). Dans la cryptococcose neuromeningee,</p><p>Tableau 2 Aspects macroscopique et biologique du LCRTable 2 Macroscopic and biological aspects of the cerebrosp-inal liquid</p><p>Meningitepurulente</p><p>CNM</p><p>n = 268 n = 102</p><p>Aspect macroscopique (%)Clair 72(70,6)Trouble ou purulent 268(100) 30(29,4)</p><p>Cytologies (%)PN alteres (&gt;5 elements/mm3) 268(100) Lymphocytes (&gt;5 elements/mm3) 72(70,6)Formule mixte 30(29,2)</p><p>Chimie (%)Proteine (&gt;0,45 g/l) 268(100) 102(100)Glucose (0,45 g/l) [9].le LCR est clair chez 72 patients (70,8 %) et trouble chez 30autres patients (29,2 %). Il est lymphocytaire dans 70,8 % descas et de formule mixte dans 29,2 % des cas. Le LCR est richeen polynucleaires alteres. La cellularite moyenne est de300 elements/mm3 avec des extremes de 30 et 1000(VR &lt; 5 elements/mm3), la proteinorachie moyenne de1,3 g/l avec des extremes de 0,60 et 2 g/l (VR &lt; 0,45 g/l)et la glycorachie moyenne de 0,16 g/l avec des extremes de0,0 et 0,4 g/l (VR &gt; 0,45 g/l).</p><p>Le taux de CD4 (Tableau 1) est recherche chez 100patients dans les meningites purulentes et chez 65 patientsdans la cryptococcose neuromeningee.</p><p>Devenir des patients</p><p>Tous les patients sont pris en charge dont 165 patients enreanimation. Ces derniers qui presentent un coma avec lescore de Glasgow inferieur a` sept ont beneficie dune equili-bration hydro-electrolytique et dune intubation avec venti-lation mecanique.</p><p>Dans les meningites bacteriennes, lantibiotique prescritest lamoxicilline a` la dose de 200 mg/kg/j en intraveineusedirecte pendant au moins dix jours avec une apyrexie de cinqjours. La premie`re dose est administree en moyenne uneheure apre`s ladmission du patient. Dans la cryptococcoseneuromeningee, lamphotericine B est prescrite a` la dose de1 mg/kg/j en perfusion tous les deux jours pendant huit a` dixsemaines en traitement dattaque puis demi-dose en traite-ment dentretien. Vingt-cinqmalades (24,5 %) qui presententdes signes dhypertension intracranienne avec des cephaleesintenses ont beneficie dune ponction lombaire avec evacua-tion du LCR qui est constamment hypertendu.</p><p>Le sejour hospitalier moyen est de sept jours dans lesmeningites purulentes avec des extremes de 1 a` 21 jours, etde 25 jours dans la cryptococcose neuromeningee (CNM) avecdes extremes de 1 a` 50 jours. Levolution est favorable sansaucune anomalie neurologique chez 79 patients (21,4 %). Elleest mortelle chez 291 patients, soit dans 78,6 % des cas. Ledece`s est survenu dans la premie`re semaine chez 226patients soit dans 77,6 % des cas. La letalite est de 77,4 %(79 cas) pour la cryptococcose neuromeningee et de 79,1 %(212 cas) pour les meningites bacteriennes (Tableau 1).</p><p>Discussion</p><p>Aspects epidemiologiques</p><p>La prevalence des meningites bacteriennes et a` cryptocoquesparmi les patients qui ont fait lobjet dune ponction lom-baire dans cette etude est de 16,5 %. Ce taux est nettementinferieur a` celui rapporte par Hakim et al. (50,7 %) dans uneetude prospective [13]. Cette difference montre bien lesdifficultes des etudes retrospectives. En effet, ont ete exclusde cette etude tous les patients admis pour meningite qui ontdes dossiers incomplets ou chez qui lagent pathoge`ne nestpas identifie. En outre, lindication de la ponction lombaireest large et concerne la plupart des patients qui presententdes signes neurologiques ou psychiatriques febriles. La sero-prevalence du VIH chez les sujets atteints de meningites estde 73 %. Ce taux se rapproche de celui de Hakim et al. qui estde 90 % [13]. Le sex-ratio des patients est de 1,2. Si au debut</p></li><li><p>de lepidemie de Sida, les hommes sont les plus atteints[14,17,27], on assiste actuellement a` la parite voire a` unefeminisation de laffection en rapport avec la specificiteanatomique et la vulnerabilite feminine [25]. Lage moyendes patients est de 33 ans (1965 ans) en rapport avec celuide la plupart des auteurs africains [3,4,9,20].</p><p>Aspects cliniques</p><p>Le tableau clinique des meningites purulentes est dinstalla-tion brutale dans 76 % et associe, comme dans la litterature,un syndrome meninge et infectieux [8,12,28]. Toutefois,cette etude se singularise par la frequence elevee de</p><p>Etude retrospective des meningites bacteriennes et a` cryptocoques chez des sujets adultes infectes par le VIH a` Abidjan 85meningo-encephalites febriles en rapport dune part avecla virulence des germes tels que les pneumocoques [1,6,23]et dautre part avec le retard de consultation compte tenu dudetour chez les traditherapeutes de la plupart des patientsafricains avant de consulter a` lhopital [21]. Il existe uneporte dentree otorhinolaryngee (sinusite, otite) chez 69 %des patients. Dans letude de Mbelesso et al. [19], les infec-tions otorhinolaryngees representent 92,2 % des cas. Lesinfections ORL et pulmonaires constituent un foyer potentiela` partir duquel lessaimage se fait au niveau des meninges[19].</p><p>Les manifestations cliniques de la cryptococcose neuro-meningee ne sont pas specifiques. Elles sont dominees par lafie`vre et les cephalees, le plus souvent dinstallation pro-gressive (88 %). Le syndrome meninge franc etant peu fre-quent et rarement complet, il apparat, comme le pensentdautres auteurs [18,20], que le diagnostic de CNM doit etreevoque chez tout patient VIH+ presentant des cephaleespersistantes febriles ou isolees.</p><p>Aspects paracliniques</p><p>Les causes des meningites dans cette etude sont de loindominees par les germes pyoge`nes et moins frequemmentpar C. neoformans. Dans dautres etudes, ce sont plutotC. neoformans (Tableau 3) et le bacille de Koch qui sont lesplus frequents [4,23,24,29,30]. Toutes ces etudes montrentbien lemergence de ces affections avec lave`nement du VIH/Sida. Dans les meningites a` germes pyoge`nes, le resultat delanalyse du LCRest celui classiquement decrit [22,23,26]. Parcontre, dans la cryptococcose neuromeningee, on observe unediscordance dans certains cas entre laspectmacroscopique etles anomalies cytologiques. Cette atypie du LCR a ete egale-ment rapportee par Bissagnene et Domoua [4], Bissagneneet al. [5], Kadjo et al. [15] et Laroche et al. [17]. Aveclave`nement de lepidemie du Sida, il faut donc sattendre</p><p>Tableau 3 Bacteries isolees dans les meningites purulentesTable 3 Bacteria isolated from the purulent meningitis</p><p>Germes n %</p><p>Streptococcus pneumoniae 185 69Haemophilus influenzae 62 23,1Neisseria meningitis 13 4,9Autres s...</p></li></ul>

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